Mais quel plouc celui-là !

Drôle d’idée que la mienne que d’inaugurer l’année avec les ploucs, certes ! Alors avant toute chose, belle et bonne année à tous les fidèles – et même les infidèles – lecteurs de FrancofiLs ! 🙂 Vous vous demandiez peut-être où j’étais passée après vous avoir laissé en plan* avec quelques gestes depuis le dernier post. En général on se dit que lorsqu’on ne reçoit plus de signe de quelqu’un c’est qu’il ne fait plus rien alors que la raison est peut-être justement qu’il en fait trop : tel est mon cas avec une formation de « gamification » dans l’enseignement de la LE qui ne me laisse guère d’autre loisir que de penser à jouer et aux jeux (évidemment dit comme ça, ça ne fait pas très sérieux…) – et les expressions s’accumulent en petit tas tels de jolis rondins de bois près de la cheminée du blog mais je n’ai plus le temps d’allumer un feu ! Et vous vous gelez les neurones, je sais je sais, désolée…:-(

plouc-1

Mais assez parlé, revenons-en à nos ploucs ! Pourquoi, me diriez-vous ? Parce qu’avant Noël, en préparant un cours pour des étudiants B2 avec lesquels on parlait « tendances », j’ai découvert l’origine du mot et j’ai beaucoup ri car je ne la connaissais pas ! Oui, car figurez-vous que le plouc est d’origine…bretonne !!!

plouc-charlie-hebdoMais qu´est-ce qu’un « plouc » d’abord – pour ceux qui ne le sauraient pas ? Il s’agit d’une personne rustre, aux habitudes paysannes – non raffinées donc – se remarquant par son manque de savoir-vivre et d’élégance. Et le plouc est breton car tel que vous le montrera cette superbe petite vidéo de Karambolage en bas de cet article, le mot a été inspiré par tous ces paysans bretons débarquant à Paris au début du XXème siècle et qui venaient à chaque fois d’un village breton commençant par « Plou » quelque-chose : Plougastel, Ploubazlanec, Plouguerneau, Ploumanac’h, Ploumagoar… »Plou » en breton veut dire « paroisse », donc rien d’étonnant à cette multiplication de toponymes en « plou » ou « plo » ou « pleu ». Bref, c’est ainsi que nos modestes paysans bretons (mes arrières grands-parents paternels, pardi !) sont devenus les ploucs des Parisiens cultivés…qui seraient, à présent, les « bobos » (= bourgeois bohèmes) ou autres hipsters branchés.

plouc2Les synonymes de ploucs sont très amusants à l’oreille = péquenaud, pedzouille, balourd, lourdaud…Mais tout cela est bien péjoratif. Car le plouc est out, pas fin, pataud à souhait ! Ce qui est cocasse du reste c’est que les éternels rivaux et voisins des Bretons – les Normands – ont repris à leur compte le terme « plouc » pour créer ces petites affichettes et auto-collants de « Plouc power ». Peu importe, « Ploucs et fiers de l´être », les Bretons ne se laisseront pas impressionner par l’arrogance de ces « Parisiens têtes de chiens – Parigots têtes de veaux » ! C´est « de bonne guerre »*

Je vous recommande cette vidéo explicative sur le mot « plouc » : Vidéo Karambolage plouc

Impression

Expressions bonus :

  • Laisser en plan quelqu’un = abandonner, négliger quelqu’un, alors qu’on devrait s’en occuper (initialement cela faisait référence aux plants – de plantations).
  • de bonne guerre = loyalement, par un procédé légitime de la part d’un adversaire.

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Un peu de gestuelle…

Isabelle Adjani 2 Isabelle Adjani – actrice française d’origine algérienne par son père et bavaroise par sa mère pour celles et ceux qui ne la connaîtraient pas, disait :

« Dès qu’on parle une langue étrangère, les expressions du visage, des mains, le langage du corps changent. On est déjà quelqu’un d’autre. »

C’est pourquoi je vous propose aujourd’hui quelques petites vidéos pour vous familiariser avec la gestuelle assez typique des Français, associée à quelques expressions courantes ou familières qui vous seront utiles lors de vos prochains échanges (c’est-à-dire, si vous avez perdu le mot ou l’expression, vous pourrez au moins faire le geste ! ;-)) :

  • Gad ElmalehL’humoriste Gad Elmaleh explique à un journaliste américain quelques gestes des Français et la fameuse « tradition » des bises (en anglais avec sous-titres) : Gad Elmaleh explique la gestuelle des Français (je viens de m’apercevoir que je l’avais déjà postée sur FrancofiLs, bon, c’est pas grave vous l’aurez donc en double…)
  • Une autre vidéo, en français cette fois (mais avec des locuteurs au charmant petit accent anglais) illustre bien également ces gestes si répandus : gestes et dialogues

gestes

  • Sur le site de Lucarnefle, on trouve également des fiches pédagogiques à partir d’une publicité amusante d’ Air Liberté où une hôtesse de l’air accompagne par des gestes – comme à l’accoutumé dans l’avion lors des instructions que personne n’écoute vraiment d’ailleurs – des propos hilarants…Puis, il y a un montage avec la gestuelle liée à quelques expressions (vous verrez qu’on retrouve souvent les mêmes d’une vidéo à l’autre) pour bien fixer ces gestes.
  • Si nous avons des lecteurs de FrancoFils anglophones, cette vidéo devrait vous intéresser : il s’agit d’une nouvelle explication, principalement en anglais, où une jeune femme explique assez visuellement et clairement des gestes courants et leurs équivalents linguistiques (en français donc cette fois), tout en faisant quelques comparaisons interculturelles entre nos gestes et ceux des anglais (et vu les résultats de la recherche sur la toile, il semblerait que nos gestes intriguent principalement outre-Manche !), : Gestes français
  • Finalement, si vous voulez réviser les gestes et retrouvez les expressions correspondantes apprises avec les vidéos antérieures, vous pourrez vous entraîner avec cette dernière vidéo : Gestuelle française sans sous-titres

gestuelle française

Voilà, c’est à votre tour maintenant !

Et cet été si vous en avez l’occasion , n’oubliez pas de bien observer vos interlocuteurs et gesticulez allégremment pour communiquer ! 🙂

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Vivre d’amour et d’eau fraîche

Ce n´est pas le printemps, les petits oiseaux et tout le tralalala qui me font aborder les expressions idiomatiques liées à l´amour aujourd’hui. (D´ailleurs il pleut à verse et ça ressemble plutôt à l´automne par ici…). Non, c´est plus stoïquement le programme de 5ème année et la dernière ligne droite de cours qui s´achève sur le thème des relations, des sentiments, de l´amour et du désamour…Alors, n´ayons pas peur, parlons-en et allons voir quelles expressions imagées colorent ce territoire mystérieux et fascinant.

On va commencer par les catastrophes (stratégie pour aller du pessimisme vers l’optimisme…) :

  • Se prendre un râteau : se dit quand quelqu´un est rejeté par la personne qu´il désirait séduire / conquérir. « Alex voulait sortir avec Agathe mais il s´est pris un râteau, elle n’avait pas du tout les mêmes intentions que lui ! ». Ça doit faire mal de se prendre un râteau, métaphoriquement comme littéralement, mais Alex peut se consoler en faisant un brin de jardinage…et il se remettra peut-être à papillonner joyeusement, à butiner de fleur en fleur (= aller d’une histoire à une autre, avec légèreté).

rateau

  • Poser un lapin : Alors là imaginons que ledit Alex ne s´est pas pris de râteau (enfin pas encore…), est sur une bonne piste avec la fille qui lui plaît et après un échange de messages enflammés, ils décident de se donner rendez-vous. Or, la belle, inconstante et indécise, lui pose un lapin. Elle ne vient pas au rendez-vous en d’autres termes. Un peu difficile à justifier à notre époque avec toute la technologie et les systèmes de messagerie dont on dispose mais ça reste possible…avec les indécis.

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  • Se faire larguer : une autre forme passive qui intrigue les étudiants (« se faire+infinitif »), cette expression va donc leur plaire (l´acte en lui-même un peu moins par contre…). « Antoine s´est fait larguer par sa copine ce week-end, elle ne le supportait plus ! ». Évidemment, on peut abandonner la forme passive pour être acteur de cette décision de rupture : « Jeanne a largué Antoine ce week-end, elle en avait trop marre ! ». Mais la personne quittée a parfois cette sensation de dénigrement obscur qui relègue son estime de soi à 3000 lieues sous terre… ; cela me rappelle une amie, pourtant vraiment charmante et adorable, qui un jour me racontait ses malheurs avec un garçon dont elle était tombée amoureuse et avec qui elle avait eu une brève histoire, et qui avait terminé son récit par ces mots : « Enfin bref, total, il est parti et je me suis fait jeter comme une vieille chaussette« . Et moi, riant de l´expression au lieu d´empathiser (la super copine…! Bon, on avait 24-25 ans et on en avait vu d’autres…) et finissant par lui dire « Allez, viens là ma vieille chaussette, je vais essayer de te recoudre ! ».

se-faire-larguer

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    image-blog-Belzaran

    Au passage, l´expression « Un(e) de perdu(e), dix de retrouvé(e)s ! » peut aider à raccommoder les « vieilles chaussettes »…! 😉 Même si je l’ai toujours trouvé un peu cynique ce dicton (car si on est vraiment amoureux/se, on ne peut pas imaginer que la seule personne qui compte vraiment à nos yeux puisse être remplacée par 10 autres potentiels amoureux) mais ça c’est une question de point de vue (et de degré de relation, sentiments…). J´avoue être plus du côté de Lamartine et de son « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé »…

    un-seul-être-sarahstymans-site

    image-Sarah-Stymans

  • Casser : « Pierre et Marie ont cassé« . Mot familier équivalent à « rompre », « se quitter », « se séparer ».  Sauf que dans ces derniers verbes il y a là encore une volonté assumée « Ils ont rompu, ils se sont séparés, se sont quittés… », alors que la curiosité avec le verbe « casser », c´est qu´on a envie de demander « Mais ils ont cassé quoi ? » Et bien…leur relation, leur histoire. Enfin après, vous pouvez aussi « vous casser » (« Bon j’me casse, j´en peux plus » = « je pars » ; « Casse-toi de là ! » = « Va t´en ! ») ou encore tout casser chez vous – en général dans la cuisine – si vous faites…

scene-ménage

  • une scène de ménage ! la bonne scène de ménage à l´italienne où les assiettes volent et les verres se brisent contre les murs (on ne voit ça que dans les films j´espère !). « Mon Dieu, Antoinette a encore fait une scène à Gérard parce qu´il est rentré à 3 heures du matin sans explication ». Remarquez cette contradiction : on dit facilement « le vase s´est cassé » (comme s´il s´était cassé tout seul comme un grand) tandis que deux personnes « cassent ». On ne précise pas que dans cette rupture, ils se cassent peut-être un peu eux-mêmes alors que l´on admet facilement qu´après autant de mésaventures….
  • on a le coeur brisé : « Apolline a le coeur brisé, son amant l´a quittée pour une autre, plus jeune, plus jolie… », « il lui a brisé le coeur en lui disant qu´il ne l´aimait plus ».

coeur-brisé

C´est triste mes histoires, ça se voit qu´il pleut, revenons au début alors ou aux événements joyeux de l´amour :

  • Avoir un coup de foudre : littéralement « être touché par la foudre », se dit lorsque l´on tombe amoureux/se au premier regard, à la première rencontre. « Dès que Max a aperçu Julie dans l’avion, il s´est senti chavirer, il a eu un véritable coup de foudre » ou, plus poétiquement, citons  Racine :
    « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
    Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
    Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
    Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
    Je reconnus Vénus et ses feux redoutables (…) »

    (Avouez que Phèdre, ça a plus de « gueule » que mon histoire d´avion…)

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    image-sur-TV5monde

  • Toujours dans le domaine « électrique », on peut – de façon un peu moins radicale et puissante, « flasher » sur quelqu´un. Cela traduit aussi l´immédiateté de l´émotion « Ils se sont rencontrés dans une soirée, il a tout de suite flashé sur elle » mais dans ce cas c’est plutôt le fait que la personne vous plaît de façon instantanée, que vous avez comme une illumination mais c´est peut-être plus de l’ordre du désir alors que le coup de foudre implique de tomber amoureux presque irrémédiablement. En gros, on peut flasher puis « déflasher » un peu plus tard alors qu´avec la foudre on a un peu plus de mal à se relever quand-même….
  • J´en profite pour préciser qu´en France on « tombe amoureux » tandis qu´au Québec on « tombe en amour », ça nous touche beaucoup cette expression (alors qu´elle est l’équivalente de l’anglais finalement). Enfin dans tous les cas « on tombe », ça suppose donc que ça fait un peu mal…De la même façon, on dit : « elle est tombée enceinte de son premier enfant à 23 ans » par exemple, comme s´il s´agissait d´un pur hasard, ce qui est un peu comique quand-même de nos jours…
  • Taper dans l´oeil de quelqu’ un : Ça aussi ça a l´air de faire mal dit comme ça mais quand vous avez tapé dans l’oeil de quelqu´un, c´est que vous lui plaisez beaucoup, qu´il/elle a flashé sur vous et a du mal à penser à autre chose.
Taper-dans-loeil-de-quelquun22-Publicité-Chocolat-Guérin-Boutron-Hérold-Expressions-familières--circa-1910

Guétrin-Boutron-Hérold-publicité

Toutes les expressions qui suivent ont le même sens :

  • Avoir le béguin pour quelqu´un, avoir un faible, en pincer pour quelqu´un : elles traduisent  toutes une attirance envers quelqu´un, cela peut être passager (le printemps…), cela peut être le début d’une histoire tout simplement…et cela peut ne pas être réciproque aussi malheureusement. « Paul n’arrête pas de tourner autour d’Aya, il a un faible pour elle, c´est évident ! »  ; « T´en pinces pour ce mec, hein ?  » – « Oui mais il est déjà pris ! »

béguin

  • Ah, l´expression « il est pris », « elle est prise », il faut peut-être aussi en dire un mot : quand quelqu´un est déjà engagé dans une relation et donc, supposément, « non disponible ». On peut dire aussi « Elle est casée », « il est maqué » dans le langage familier. « Maqué(e) » est horrible d´ailleurs quand on se penche sur l´origine de ce mot argotique puisque cela vient de la relation « souteneur/prostituée ». Quant à « casé(e) » ou « se caser avec quelqu’un », ce n’est pas très exaltant non plus car j´imagine que cela signifie « se mettre dans une case » ou cocher la case « se mettre en couple » en somme. Bof…

Allons dans les extrêmes, le romantisme pour se donner du baume au coeur :

  • Être fou amoureux, folle amoureuse de quelqu´un : « L´amour rend aveugle » dit le proverbe et peut mener aussi à une forme de folie. Quand vous êtes fou amoureux, c’est que vous l’êtes passionnément, folie ou non. On n´est pas tièdes dans l´amour…
  • Vivre d’amour et d´eau fraîche : se dit quand le monde matériel n´a plus aucune importance pour vous du moment que l’amour remplit votre vie. Vous vivez de peu donc (pas de quoi célébrer votre euphorie au champagne, l’eau fraîche de la rivière suffit !).

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  • Filer le parfait amour : voilà, rien à redire, on est sur la note optimiste finale quand tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles 🙂 Vous avez trouvé votre âme soeur, votre moitié d’orange et vous vivez heureux.

Bon pour aujourd´hui, même s´il y a encore beaucoup d´expressions, je crois que ça sera tout ! La pluie n´a pas cessé, il y a largement de quoi vivre d´amour et de pluie fraîche en ce printemps peu clément mais au moins nous aurons les mots pour le dire…Et je termine par une image avec quelques expressions francophones sur le sujet que je trouve très jolies comme « avoir un kick » au Québec (=avoir le béguin pour qqn) …Car l´amour se décline sous tous les horizons et toutes les formes et c´est tant mieux !

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Cucul la praline

Livres jeunesse de Fanny Joly et Ronan Badel

Livres jeunesse de Fanny Joly et Ronan Badel

L´autre jour, je cherchais un mot dans le dictionnaire en classe et j´ai été amusée et surprise d´y voir le mot « cucul ». Je me suis souvenue alors de l’expression « cucul la praline » et je me suis mise à imaginer une réunion d’académiciens très sérieux en plein débat sur l’intégration du mot « cucul » dans le dictionnaire et de l´expression « cucul la praline ».

« Tu as aimé ce film ? – Oh non c´est cucul, trop à l´eau de rose pour moi ! » – « Ce chanteur pour ados gagne plein de fric, mais alors qu´est-ce que c´est cucul la praline les paroles de ses chansons !!! »

Quelque chose qui est « cucul » c´est quelque chose qui est niais, un peu ridicule, naïf, de bons sentiments rose bonbon…Le mot vient du redoublement hypocoristique de « cul » – procédé typique pour ridiculiser quelque chose que l´on méprise,  et est parfois orthographié « cucu ». Le mot « cucul » serait apparu pendant le soulèvement de Paris mais on ne connaît pas exactement l’origine de l´expression ni la raison pour laquelle on lui ajoute « la praline » qui est un bonbon au chocolat chez les Belges et une amande caramélisée pour les Français. Bon, cela renforce l´idée de quelque chose de très « doux », édulcoré. Quand c´est cucul, c´est « bébête », quoi ! Ça me fait penser que j´ai toujours du mal à expliquer aux étudiants ce que veut dire « niais », « gnan-gnan », sans passer par les traductions (« ñoño », « cursi »). Ça me fait penser aussi que les Espagnols ont aussi, se référant à cette partie du corps, l´expression « tonto del culo », même si c´est un peu plus fort que quelqu´un qui est juste, naïvement, « cucul la praline ».

Et puis j´ai découvert, en faisant quelques recherches sur l´expression, qu´il y avait une petite héroïne en littérature infantile qui était surnommée « cucul la praline » (pauvre bichette !) et qu´on pouvait même obtenir le diplôme de la fille la plus… cucul la praline !!! Qu´on se le dise…! Bon, je ne suis pas sûre que mes étudiant(e)s soient très intéressés par cette distinction…

700-430091-Diplome+de+la+Fille+La+Plus+Cucul+La+Praline

En tout cas, écrire ce billet – et le lire aussi j´espère – reste une façon de mourir moins bébête ce soir, moins cucul…;-)

 

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Faire grise mine et rire jaune

Je commence à avoir envie de terminer mon cycle de couleurs et aujourd’hui j´en lancerai deux d´un coup sur la toile pour conclure : le jaune et le gris.

Avant d´oublier, je tiens à passer une information – en particulier aux lectrices et lecteurs catalans – car elle m´a bien fait plaisir lorsque je l´ai apprise lors d´une récente formation : le concours des Mots passants organisé chaque année par l´Université Autonome de Barcelone a pour thème et contrainte d´utiliser des adjectifs et expressions liées…aux couleurs ! Donc, voilà, je crois que si vous avez suivi les derniers posts, vous avez un petit coup de pouce pour les utiliser à bon escient dans vos créations…:-) Je vous laisse ici le lien vers les bases du concours : concours Mots passants

faire-grise-mine-TV5

faire grise mine sur TV5monde

Je crois que j´ai expliqué à peu près toutes les expressions qui entrent dans ce concours et il manque juste « faire grise mine » , par laquelle je vais commencer donc. Revenons d´abord aux bases : avoir bonne mine ou mauvaise mine c´est la première impression que vous donnez sur votre forme – physique ou psychique, si vous êtes en bonne santé. « Oh tu as bonne mine dis-moi ! », pour quelqu´un que vous voyez arriver souriant, le teint hâlé et qui semble « péter la forme » (=aller très bien, dans le registre familier). Par opposition, « tu as mauvaise mine«  ou « tu as une petite mine en ce moment » signifie que la personne n´est pas très en forme, a l´air faible, un peu déprimée, pas en très bonne santé, quoi ! Et c´est là qu’arrive notre « tu fais grise mine » puisqu’on peut bien imaginer que lorsqu’on vire au gris, ce n´est pas bon signe. La mine désignerait plus ou moins le visage – ou l´aspect que l´on a en général. Faire grise mine à quelqu´un, c´est aussi accueillir ou traiter quelqu´un avec froideur. Cela veut dire que la personne est de mauvaise humeur, maussade. Pas dans un bon jour en somme…

Alors la personne faisant grise mine pourrait facilement aller se griser = s´enivrer ! Cependant l´expression est plutôt au sens figuré, s´enivrer « psychologiquement », ce qui a l´avantage d´éviter la gueule de bois le lendemain. Je me souviens d´une jeune femme, quand j´étais enfant, qui expliquait à mes parents que le ski alpin, c´était « grisant » et moi je ne comprenais pas ce qu´elle voulait dire, avec tout ce que je voyais autour de moi blanc comme neige ! Maintenant je sais qu´elle voulait parler de la sensation vertigineuse et enivrante de glisser sur les pistes…

matière-grisePour les intellectuels, cela peut être grisant aussi d´utiliser sa matière grise = son cerveau, avec toutes ses neurones dedans en train de danser la polka ! Par ailleurs, être une éminence grise, désigne un conseiller secret qui influence les décisions prises par un homme de pouvoir.

matière-grise-humour

matière grise par Pinotte

la-nuit-chat-grisEnfin, on a l´expression « La nuit tous les chats sont gris » signifiant que dans l´obscurité on peut facilement confondre et mélanger les objets, personnes ou animaux et que toute différence ou singularité est annulée. Ce qui résulte d´un phénomène explicable scientifiquement (la réaction de notre rétine dans la pénombre) conduit à ce phénomène de confusion générale où tout peut être dissimulé.

nuit-chat_gris-didier-leveille

dessin-Didier-Leveille

Passons au jaune : l´expression la plus courante sans doute serait « rire jaune » : quand on rit jaune, c´est qu´on est mal à l´aise, qu´on se force à rire et à faire comme si on trouvait ça drôle mais qu´intérieurement on éprouvait de la colère, du dépit ou qu´on se sentait vexés. C´est donc un rire hypocrite. Souvent on attribue de façon erronée cette expressionrire-jaune au « rire asiatique » – et pour avoir vécu un an en Chine, je peux en effet attester que les Chinois vous disent souvent non avec un large sourire et en riant, si bien qu´on ne sait pas toujours sur quel pied danser – mais en réalité  ce jaune-là viendrait de la bile, qui, lorsqu’on est de mauvaise humeur ou contrarié, remonte au visage et le teinte de cette couleur. rire-jaune-emoticonLe rouge trahit nos émotions tandis que le jaune tente de les dissimuler. Ce qui, par contre, revient réellement aux asiatiques c´est le « péril jaune », expression de la fin du XIXème siècle traduisant la peur que les peuples d´Asie surpassent les Blancs et gouvernent le monde.

Le jaune est alors souvent la couleur de la fausseté, de la trahison, voire du déshonneur conjugal, il est notamment couramment mis en relation avec l´adultère. N´offrez jamais de roses jaunes à une femme, c’est une offense ! Le jaune est la couleur des cocus. jaune-cocuUn mari « peint en jaune » est trompé par sa femme. On peut d´ailleurs aussi trouver l´expression être jaune de jalousie, moins courant pourtant qu´être vert de jalousie. Qui comporte le risque de « franchir la ligne jaune » (=aller trop loin) et de casser toute la fine porcelaine héritée de la vieille grande-tante en faisant une scène de ménage à l’italienne. Cette ligne jaune est francophone, et dans le monde de la diplomatie on se plie facilement à la « ligne rouge » internationale.

franchir-ligne-jaune

TV5monde

Conclusion : le gris et le jaune, ça va assez bien ensemble mais ce ne sont pas des couleurs de très bon augure sur notre palette de peinture ! Si, en plus, vous vous mettez à fumer du gris (=tabac ordinaire, souvent celui qui est à rouler) et vous servez un « petit jaune » (=pastis) pour vous consoler de toutes ces mésaventures et humeurs maussades, vous en perdrez jusqu’à votre santé ! Non, résolument, autant se mettre au vert et voir la vie en rose...

Sur ce et en achevant donc ce cycle d’expressions colorées (bien qu’il y en ait encore bien d’autres !), bonne chance à tous ceux qui se lanceront dans le concours des Mots passants ! Je vous laisse aussi cette jolie planche d’images réalisée par des enfants d’une école primaire en France (Le Cheylas) où les élèves ont illustré plusieurs des expressions figées que nous avons expliquées ces derniers mois. Une bonne façon aussi de les retenir 😉

grise-mine-rire-jaune-planche-enfants-école-Grenoble

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J´ai vu rouge…

Cet article aurait dû être écrit à Noël, quand le rouge et le vert sont les couleurs prédominantes de ces fêtes, mais voilà, entre les vacances, les cadeaux, les festivités, les corrections (ça faut aussi l´écrire, pour faire bien …;-) ), les voyages etc etc, je n´ai pas vraiment eu le temps de mettre à jour cette page.

Première conséquence de ces fêtes pour le commun des mortels :

  • Être-dans-le-rouge être dans le rouge : cette expression signifie que votre compte en banque est mal en point et tombe du côté négatif. Avec tous ces cadeaux, ces chocolats, ces départs etc, que voulez-vous ! Vous n´avez plus un sou, quoi ! Non, pire, vous avez des dettes…Même en essayant d´être anti-conso, difficile de s´enrichir pendant cette période. C´est plutôt l´alerte rouge !alerte-rouge

 

être-dans-le-rouge-2

BD de Mady

  • N´en profitez pas pour aller vous soûler au gros rouge (du vin rouge de basse qualité), les choses vont s´arranger et on est au mois de janvier, époque des bonnes résolutions. Alcool bas de gamme et dettes n´ont jamais fait bon ménage (=aller bien ensemble) pour voir la vie du bon côté (je suis lancée, expressions sur expressions…).
gros-rouge

Livre de Philippe Quesnot

 

 

  • Bref, conséquence de la conséquence : voir rouge = être soudainement fâché et se mettre en colère.
    voir-rouge-Sophie-Martel-Christine-Battuz

    Livre de Sophie Martel et Christine Battuz

    Oui car, quand en plus de cet état financier délicat et alors que vous n´avez pas bu une seule goutte de gros rouge, on vous arrête et vous dit que vous ne pouvez pas conduire avec un permis français sur le territoire espagnol après tant de temps sans qu´on ne vous ait à aucun moment averti de cette loi (votre permis écrit en toutes lettres « communauté européenne » comme sur le permis de circulation) et qu´on vous colle une belle amende (« prune » souvenez-vous) il y a de quoi voir rouge…car vous êtes de plus en plus dans le rouge…vous me suivez ? Conséquences sur conséquences, ça revient au cercle vicieux !

     

     

  • Et on en arrive à l´association du rouge à divers sentiments : premièrement, la colère donc. Logique alors que dans le film Vice-Versa le personnage incarnant la colère soit …rouge de colère. Cela va de soi.
  • Mais on peut aussi être rouge de honte. Quand on rougit, c´est d´ailleurs parce qu´on est mal à l´aise, timide, gêné…et dans ce cas on devient rapidement rouge comme une tomate.

rouge-comme-tomate

  • Par contre, si vous êtes rouge comme une écrevisse c´est plutôt que vous avez pris un coup de soleil ! Ou que vous êtes anglais ou allemand, à la peau bien pâle en général (« blanc comme un cachet d´aspirine » quoi !) et que vous êtes restés bronzer trop longtemps sur les plages bondées de Benidorm et que l´effet escompté a tourné au rouge écrevisse. Bon d´accord, les Bretonnes aussi blanches comme des cachets d’aspirine…mais elles ne bronzent pas sur les plages et encore moins à Benidorm 😉

rouge-écrevisse

  • Mais le rouge dans les émotions c´est aussi évidemment le rouge passion. La pomme vermeille tentatrice…et on en arrive à l´expression rougir de plaisir…que je ne vais pas développer ici, j´ai peut-être des lecteurs mineurs qui sait ! Je vous laisse de belles images à contempler, et sur cette pub – ah, enfin un homme qui se déshabille sur une pub ! – vous pouvez apprécier le jeu de mot entre « rougir » et « rugir »…mais la morale m´interdit toute explication plus poussée. Ceci dit, je précise que vous pouvez aussi simplement rougir de plaisir quand on vous dit quelque chose de gentil, un compliment inattendu etc.

 

Enfin, vous l´aurez compris, le rouge appartient aux sentiments intenses, offrir des roses rouges est d´ailleurs toute une déclaration d´amour !

  • Sur ce je vous laisse car je ne voudrais pas être la lanterne rouge…(=être le/la dernier/dernière) et le devoir m´appelle !
lanterne-rouge-Lokom

dessin de Lokom

 

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Couleur d´automne : marron et châtaigne

À mon père, 

chataigne-lozere-1

Bon, mon arc en ciel est suspendu dans le ciel depuis longtemps…J´en suis désolée.

C´est qu´il avait perdu d´un coup toutes ses couleurs. Pas courant non plus que je dédicace un des articles de ce blog à quelqu´un. Mais aujourd´hui, oui, je le dédie à mon père, qui en était un des premiers et plus fidèles lecteurs. À ma mère aussi, qui devait lire au-dessus de son épaule. Lors d’une des dernières conversations téléphoniques avec mon père, il me parlait de l´article sur « les bleus à l´âme », me disait « Tu vas en mettre bientôt un autre ? ah oui, parce que tu sais, moi, toutes ces expressions , ça m´intéresse beaucoup ! » et je lui répondais « bah c´est chouette, parce que tu vois, c´est fait pour les étudiants à la base et je crois qu´ils s´en fichent un peu, enfin les miens en tout cas… ». Et voilà, la vie me les a enlevés les deux d´un coup sans prévenir, et ma motivation a fléchi sec. J´ai broyé du noir et un peu de toutes les couleurs…J´ai perdu ce lecteur qui fut aussi celui qui m´inspira ce goût pour les mots et les expressions dès petite. Donc plus très envie d´alimenter ce blog-pour-des-étudiant(e)s-qui-ne-le-lisent-pas. Jusqu´au message d´un de mes anciens étudiants à Sabadell, Ivan, actuellement prof d´anglais et de français dans un collège, qui me demande s´il peut utiliser le blog avec ses élèves. Et comment ! Ouf, un rescapé qui me redonne un peu de baume au coeur et assure malgré lui la survie de FrancofiLs…Merci Ivan.

Mais j´arrête là mes bien sombres confidences et reprends ma peinture (jusqu´à Noël, je devrais tenir et je pourrai ensuite me consacrer à d´autres expressions).

Automne = châtaignes au feu de bois…donc intéressons nous à la couleur marron cette fois, de mise pour cette saison. J´en profite pour rappeler la règle de NON accord des adjectifs de couleur dont l´origine est un fruit (des sacs orange, des chaussures marron…).

  • Chauds les marrons ! L´expression renvoie directement au cri du vendeur ou de la vendeuse derrière sa poêle de marrons grillés « Chauds, chauds les marrons ! » mais, par extension, elle fait référence à une affaire délicate, un sujet aussi brûlant que ces marrons tout justes tirés du feu… « La polémique autour de l´interdiction  du voile à l´école, c´est chaud les marrons ! ». A noter que l´on raccourcit souvent l´expression en disant « c´est chaud ! », voire quand une situation se complique ou empire « ça chauffe » (mais là, ça peut vouloir dire…vers la bagarre !).Train Marrons
  • Tirer les marrons du feu : se dit lorsque quelqu´un tire bénéfice d´une situation alors que c´est un autre qui a pris des risques pour lui. tirer-marrons-du-feu
    L´expression entière était « tirer les marrons du feu avec la patte du chat », bien illustrée dans la fable de La Fontaine « Le singe et le chat » où le félin attrape les marrons du feu un à un pendant que le coquin de singe les mange dans son dos au fur et à mesure…
  • se prendre une châtaigne / recevoir un marron : À la fin du Tour de Gaule d´Astérix, arrivés à Toulouse, il y a une scène fameuse où Astérix donne une châtaigne à un Romain. Se prendre une châtaigne ou recevoir un marron, c´est recevoir un coup, en général en pleine figure. On dit aussi d´ailleurs, « se castagner » pour « se battre », « il y a de la castagne par ici », des bagarres. « Se prendre une châtaigne », dans le jargon des électriciens, peut aussi vouloir dire « se prendre une décharge électrique ». La châtaigne étant une spécialité du Sud-ouest (où l´on célèbre aussi dans de nombreux villages « la fête des châtaignes »), il n´est pas étonnant que ce soit à Toulouse qu´Astérix donne le coup final !

    Dans "Le tour de Gaule d´Astérix", Hergé

    Dans « Le tour de Gaule d´Astérix », Hergé

  • un avocat/financier…marron : se dit d´une personne corrompue et malhonnête. De fait, le qualifiant « marron »  s´applique à  toute personne effectuant des activités lucratives illicites, des trafics indignes de sa profession. Du coup…Les hommes politiques…tous marron ?
  • Être_marron_par_Pronto

    Être_marron_par_Pronto

    Être marron veut dire s´être fait duper ou abuser par un malhonnête. « Je ne veux pas me retrouver le marron de l´histoire ! » Et à l´inverse, on trouve « faire marron quelqu´un » = le tromper, le duper, le rouler dans la farine (expliquer une expression idiomatique par une autre expression idiomatique, voici mon nouveau crédo !)

  • Dans le langage journalistique, un « marronnier » est un sujet un peu trivial qui revient régulièrement, à des dates précises et souvent en période creuse (par exemple la rentrée en septembre, les fêtes de Noël en décembre, les allergies au pollen en mai etc…). En ce moment un marronier pourrait être par exemple les illuminations et décorations de Noël dans le paysage urbain…
  • Quant à la châtaigne, on peut trouver l´expression « être pété comme une châtaigne » pour dire « être ivre mort » mais elle n´est pas si courante. On lui préfère « être pété comme un coing » (autre fruit d´automne) ou  « être pété » tout court, qui suffit largement à décrire un état éthylique ayant dépassé toutes les limites. chataigne (1)

Voilà à peu près le tour d´horizon sur cette digne couleur d´automne. Je vous quitte en compagnie de la Fable de La Fontaine, « Le singe et le chat »…

« Le Singe et le Chat » – fable XVII – Livre IX – 1671- La Fontaine

dessin-par-Calvet-Regniat

dessin-par-Calvet-Regniat

Bertrand avec Raton, l’un singe et l’autre chat,
Commensaux d’un logis, avaient un commun maître.
D’animaux malfaisants c’était un très bon plat :
Ils n’y craignaient tous deux aucun, quel qu’il pût être.
Trouvait-on quelque chose au logis de gâté,
L’on ne s’en prenait point aux gens du voisinage :
Bertrand dérobait tout : Raton, de son côté,
Etait moins attentif aux souris qu’au fromage.
Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons
Regardaient rôtir des marrons.
Les escroquer était une très bonne affaire ;
Nos galands  y voyaient double profit à faire :
Leur bien premièrement, et puis le mal d’autrui.
Bertrand dit à Raton : « Frère, il faut aujourd’hui
Que tu fasses un coup de maître,
Tire-moi ces marrons. Si Dieu m’avait fait naître
Propre à tirer marrons du feu,
Certes marrons verraient beau jeu. »

Aussitôt fait que dit: Raton, avec sa patte,
D’une manière délicate,
Ecarte un peu la cendre, et retire les doigts ;
Puis les reporte à plusieurs fois ;
Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque :
Et cependant Bertrand les croque.
Une servante vient : adieu mes gens. Raton
N’était pas content, ce dit-on.
Aussi ne le sont pas la plupart de ces princes
Qui, flattés d’un pareil emploi,
Vont s’échauder en des provinces
Pour le profit de quelque roi

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