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Sonnez les cloches !

Les cloches de Pâques réveillent mon juke-box interne diffusant chansons ou expressions idiomatiques…« Quelle cloche celle-là ! », « Ce n’est pas le son de cloche que j’ai eu de cette histoire ! », « Il y a quelque chose qui cloche là-dedans… » ou « Je vais lui sonner les cloches tu vas voir ! » sont autant d’expressions où l’on trouve le mot « cloche » sans pour autant que pleuvent dans notre jardin des oeufs de Pâques en chocolat que les petits chercheront avidement…Dommage !

Voyons cependant d’où nous viennent ces expressions et dans quel contexte vous pourrez les utiliser.

  • quelle-cloche-théâtre Quelle cloche ! = Bon, premièrement, sachez que ce n’est pas un compliment d’être une cloche. Quelqu’un qui est cloche est stupide, vraiment pas futé(e), on dit aussi parfois « Quelle greluche ! » (la greluche désignant une femme aux moeurs légères dans les années 1930), ou bien « Quelle cruche ! » (la cruche étant ce récipient contenant de l’eau ou autre liquide et sonnant creux). Pas grand-chose dans la cervelle, en somme !

  • Il y a quelque chose qui cloche = Il y a quelque chose qui ne va pas, qui ne fonctionne pas ou n’est pas normal. Soit dans un mécanisme quelconque soit dans un raisonnement. « Ça ne tient pas debout ton histoire, il y a plusieurs détails qui clochent…! »

  • Sonner les cloches à quelqu’un = gronder, réprimander quelqu’un fortement. « Ne rentre pas à 4 heures du matin sans prévenir, tu vas te faire sonner les cloches ! ». Au XVIIème siècle on trouvait déjà l’expression « faire sonner la plus grosse cloche » pour dire « Faire parler celui qui a le plus d’autorité ».

    se faire sonner les cloches-Christian

    dessin de Christian

 

  • Avoir le même son de cloche ou un son de cloche différent = avoir la même version / interprétation d’une histoire ou avoir une version (ou opinion) différentes sur un même sujet. Pour pouvoir juger d’une situation, il ne faut pas s’en tenir à un seul son de cloche (une seule version) mais bien confronter les avis différents et explications parfois contradictoires. « Victor dit qu’il n’a pas réussi son exam à cause de la complexité du sujet mais je n’ai pas le même son de cloche de ses professeurs : selon eux, c’est qu’il n’a rien étudié depuis longtemps ! ».

  • Être de la cloche = être clochard, personne sans le sou vivant dans la rue. Maintenant on utilise plutôt l’acronyme SDF = Sans Domicile Fixe.

  • Sauter à cloche-pied : quand vous avancez et sautez sur un seul pied. Bon, il faut être un peu cloche pour marcher comme ça…;-) cloche-pied-604018-264-432

De cloche on peut en arriver au clocher (qui les abrite, en haut de l’église) et ajouter l’expression « Ceci est une querelle de clocher » = un problème, des conflits purement locaux, sans grand impact ni importance. Qui ne dépasse pas la petite sphère étriquée d’un village…

querelle-de-clocher_balthazar-2013

dessin de Balthazar-2013

Et, pour les Catalans, faites attention, ne traduisez pas votre « Fer campana » par « Faire la cloche » – non, comme vous l’avez lu, ce serait autre chose (« faire l’idiot/e ») – mais par « Faire l’école buissonnière », c’est-à-dire manquer l’école !

Ce qui, en ce jour de rentrée post-pascal, est évidemment totalement interdit…:-)

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Ne pas avoir les yeux en face des trous…

Je vais essayer de faire aussi court que pour le post « avoir du pain sur la planche » (l’expression phare de ce blog) :

Voici des yeux :

yeux

Voici des trous :

trous

(Attention il y a autant de trous différents que de yeux, les images montrent d’ailleurs une collection de trous noirs, mais, plus prosaïques, prenons par exemple aussi les trous du gruyère, très parlant : trou-gruyere

Et voici l’expression « ne pas avoir les yeux en face des trous » = ne pas être bien réveillé, se cogner dans les portes, faire tout de travers, ne pas voir clair, après avoir passé une mauvaise nuit ou bien une soirée trop arrosée. Ou quand on est très fatigué…Les étudiants cherchent souvent la traduction de « estoy espeso » ou « estic espès » en catalan, eh bien voilà « je n’ai pas les yeux en face des trous », ça traduit assez fidèlement cette idée !

L’expression remonterait au XVIIème siècle où on disait « avoir les yeux de travers ». Et ce dessin d’un élève de CM1 sur ce blog scolaire m’a semblé le plus joli pour représenter l’expression :

dessin-yeux-trous-classe-CM1

Et pourquoi cette expression au fait ? Eh bien parce que dans la 13ème semaine sans interruption avant les vacances de Pâques, je crois bien que plus personne n’a vraiment les yeux en face des trous…:-D

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Vivre d’amour et d’eau fraîche

Ce n´est pas le printemps, les petits oiseaux et tout le tralalala qui me font aborder les expressions idiomatiques liées à l´amour aujourd’hui. (D´ailleurs il pleut à verse et ça ressemble plutôt à l´automne par ici…). Non, c´est plus stoïquement le programme de 5ème année et la dernière ligne droite de cours qui s´achève sur le thème des relations, des sentiments, de l´amour et du désamour…Alors, n´ayons pas peur, parlons-en et allons voir quelles expressions imagées colorent ce territoire mystérieux et fascinant.

On va commencer par les catastrophes (stratégie pour aller du pessimisme vers l’optimisme…) :

  • Se prendre un râteau : se dit quand quelqu´un est rejeté par la personne qu´il désirait séduire / conquérir. « Alex voulait sortir avec Agathe mais il s´est pris un râteau, elle n’avait pas du tout les mêmes intentions que lui ! ». Ça doit faire mal de se prendre un râteau, métaphoriquement comme littéralement, mais Alex peut se consoler en faisant un brin de jardinage…et il se remettra peut-être à papillonner joyeusement, à butiner de fleur en fleur (= aller d’une histoire à une autre, avec légèreté).

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  • Poser un lapin : Alors là imaginons que ledit Alex ne s´est pas pris de râteau (enfin pas encore…), est sur une bonne piste avec la fille qui lui plaît et après un échange de messages enflammés, ils décident de se donner rendez-vous. Or, la belle, inconstante et indécise, lui pose un lapin. Elle ne vient pas au rendez-vous en d’autres termes. Un peu difficile à justifier à notre époque avec toute la technologie et les systèmes de messagerie dont on dispose mais ça reste possible…avec les indécis.

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  • Se faire larguer : une autre forme passive qui intrigue les étudiants (« se faire+infinitif »), cette expression va donc leur plaire (l´acte en lui-même un peu moins par contre…). « Antoine s´est fait larguer par sa copine ce week-end, elle ne le supportait plus ! ». Évidemment, on peut abandonner la forme passive pour être acteur de cette décision de rupture : « Jeanne a largué Antoine ce week-end, elle en avait trop marre ! ». Mais la personne quittée a parfois cette sensation de dénigrement obscur qui relègue son estime de soi à 3000 lieues sous terre… ; cela me rappelle une amie, pourtant vraiment charmante et adorable, qui un jour me racontait ses malheurs avec un garçon dont elle était tombée amoureuse et avec qui elle avait eu une brève histoire, et qui avait terminé son récit par ces mots : « Enfin bref, total, il est parti et je me suis fait jeter comme une vieille chaussette« . Et moi, riant de l´expression au lieu d´empathiser (la super copine…! Bon, on avait 24-25 ans et on en avait vu d’autres…) et finissant par lui dire « Allez, viens là ma vieille chaussette, je vais essayer de te recoudre ! ».

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    image-blog-Belzaran

    Au passage, l´expression « Un(e) de perdu(e), dix de retrouvé(e)s ! » peut aider à raccommoder les « vieilles chaussettes »…! 😉 Même si je l’ai toujours trouvé un peu cynique ce dicton (car si on est vraiment amoureux/se, on ne peut pas imaginer que la seule personne qui compte vraiment à nos yeux puisse être remplacée par 10 autres potentiels amoureux) mais ça c’est une question de point de vue (et de degré de relation, sentiments…). J´avoue être plus du côté de Lamartine et de son « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé »…

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    image-Sarah-Stymans

  • Casser : « Pierre et Marie ont cassé« . Mot familier équivalent à « rompre », « se quitter », « se séparer ».  Sauf que dans ces derniers verbes il y a là encore une volonté assumée « Ils ont rompu, ils se sont séparés, se sont quittés… », alors que la curiosité avec le verbe « casser », c´est qu´on a envie de demander « Mais ils ont cassé quoi ? » Et bien…leur relation, leur histoire. Enfin après, vous pouvez aussi « vous casser » (« Bon j’me casse, j´en peux plus » = « je pars » ; « Casse-toi de là ! » = « Va t´en ! ») ou encore tout casser chez vous – en général dans la cuisine – si vous faites…

scene-ménage

  • une scène de ménage ! la bonne scène de ménage à l´italienne où les assiettes volent et les verres se brisent contre les murs (on ne voit ça que dans les films j´espère !). « Mon Dieu, Antoinette a encore fait une scène à Gérard parce qu´il est rentré à 3 heures du matin sans explication ». Remarquez cette contradiction : on dit facilement « le vase s´est cassé » (comme s´il s´était cassé tout seul comme un grand) tandis que deux personnes « cassent ». On ne précise pas que dans cette rupture, ils se cassent peut-être un peu eux-mêmes alors que l´on admet facilement qu´après autant de mésaventures….
  • on a le coeur brisé : « Apolline a le coeur brisé, son amant l´a quittée pour une autre, plus jeune, plus jolie… », « il lui a brisé le coeur en lui disant qu´il ne l´aimait plus ».

coeur-brisé

C´est triste mes histoires, ça se voit qu´il pleut, revenons au début alors ou aux événements joyeux de l´amour :

  • Avoir un coup de foudre : littéralement « être touché par la foudre », se dit lorsque l´on tombe amoureux/se au premier regard, à la première rencontre. « Dès que Max a aperçu Julie dans l’avion, il s´est senti chavirer, il a eu un véritable coup de foudre » ou, plus poétiquement, citons  Racine :
    « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
    Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
    Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
    Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
    Je reconnus Vénus et ses feux redoutables (…) »

    (Avouez que Phèdre, ça a plus de « gueule » que mon histoire d´avion…)

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    image-sur-TV5monde

  • Toujours dans le domaine « électrique », on peut – de façon un peu moins radicale et puissante, « flasher » sur quelqu´un. Cela traduit aussi l´immédiateté de l´émotion « Ils se sont rencontrés dans une soirée, il a tout de suite flashé sur elle » mais dans ce cas c’est plutôt le fait que la personne vous plaît de façon instantanée, que vous avez comme une illumination mais c´est peut-être plus de l’ordre du désir alors que le coup de foudre implique de tomber amoureux presque irrémédiablement. En gros, on peut flasher puis « déflasher » un peu plus tard alors qu´avec la foudre on a un peu plus de mal à se relever quand-même….
  • J´en profite pour préciser qu´en France on « tombe amoureux » tandis qu´au Québec on « tombe en amour », ça nous touche beaucoup cette expression (alors qu´elle est l’équivalente de l’anglais finalement). Enfin dans tous les cas « on tombe », ça suppose donc que ça fait un peu mal…De la même façon, on dit : « elle est tombée enceinte de son premier enfant à 23 ans » par exemple, comme s´il s´agissait d´un pur hasard, ce qui est un peu comique quand-même de nos jours…
  • Taper dans l´oeil de quelqu’ un : Ça aussi ça a l´air de faire mal dit comme ça mais quand vous avez tapé dans l’oeil de quelqu´un, c´est que vous lui plaisez beaucoup, qu´il/elle a flashé sur vous et a du mal à penser à autre chose.
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Guétrin-Boutron-Hérold-publicité

Toutes les expressions qui suivent ont le même sens :

  • Avoir le béguin pour quelqu´un, avoir un faible, en pincer pour quelqu´un : elles traduisent  toutes une attirance envers quelqu´un, cela peut être passager (le printemps…), cela peut être le début d’une histoire tout simplement…et cela peut ne pas être réciproque aussi malheureusement. « Paul n’arrête pas de tourner autour d’Aya, il a un faible pour elle, c´est évident ! »  ; « T´en pinces pour ce mec, hein ?  » – « Oui mais il est déjà pris ! »

béguin

  • Ah, l´expression « il est pris », « elle est prise », il faut peut-être aussi en dire un mot : quand quelqu´un est déjà engagé dans une relation et donc, supposément, « non disponible ». On peut dire aussi « Elle est casée », « il est maqué » dans le langage familier. « Maqué(e) » est horrible d´ailleurs quand on se penche sur l´origine de ce mot argotique puisque cela vient de la relation « souteneur/prostituée ». Quant à « casé(e) » ou « se caser avec quelqu’un », ce n’est pas très exaltant non plus car j´imagine que cela signifie « se mettre dans une case » ou cocher la case « se mettre en couple » en somme. Bof…

Allons dans les extrêmes, le romantisme pour se donner du baume au coeur :

  • Être fou amoureux, folle amoureuse de quelqu´un : « L´amour rend aveugle » dit le proverbe et peut mener aussi à une forme de folie. Quand vous êtes fou amoureux, c’est que vous l’êtes passionnément, folie ou non. On n´est pas tièdes dans l´amour…
  • Vivre d’amour et d´eau fraîche : se dit quand le monde matériel n´a plus aucune importance pour vous du moment que l’amour remplit votre vie. Vous vivez de peu donc (pas de quoi célébrer votre euphorie au champagne, l’eau fraîche de la rivière suffit !).

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  • Filer le parfait amour : voilà, rien à redire, on est sur la note optimiste finale quand tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles 🙂 Vous avez trouvé votre âme soeur, votre moitié d’orange et vous vivez heureux.

Bon pour aujourd´hui, même s´il y a encore beaucoup d´expressions, je crois que ça sera tout ! La pluie n´a pas cessé, il y a largement de quoi vivre d´amour et de pluie fraîche en ce printemps peu clément mais au moins nous aurons les mots pour le dire…Et je termine par une image avec quelques expressions francophones sur le sujet que je trouve très jolies comme « avoir un kick » au Québec (=avoir le béguin pour qqn) …Car l´amour se décline sous tous les horizons et toutes les formes et c´est tant mieux !

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Cucul la praline

Livres jeunesse de Fanny Joly et Ronan Badel

Livres jeunesse de Fanny Joly et Ronan Badel

L´autre jour, je cherchais un mot dans le dictionnaire en classe et j´ai été amusée et surprise d´y voir le mot « cucul ». Je me suis souvenue alors de l’expression « cucul la praline » et je me suis mise à imaginer une réunion d’académiciens très sérieux en plein débat sur l’intégration du mot « cucul » dans le dictionnaire et de l´expression « cucul la praline ».

« Tu as aimé ce film ? – Oh non c´est cucul, trop à l´eau de rose pour moi ! » – « Ce chanteur pour ados gagne plein de fric, mais alors qu´est-ce que c´est cucul la praline les paroles de ses chansons !!! »

Quelque chose qui est « cucul » c´est quelque chose qui est niais, un peu ridicule, naïf, de bons sentiments rose bonbon…Le mot vient du redoublement hypocoristique de « cul » – procédé typique pour ridiculiser quelque chose que l´on méprise,  et est parfois orthographié « cucu ». Le mot « cucul » serait apparu pendant le soulèvement de Paris mais on ne connaît pas exactement l’origine de l´expression ni la raison pour laquelle on lui ajoute « la praline » qui est un bonbon au chocolat chez les Belges et une amande caramélisée pour les Français. Bon, cela renforce l´idée de quelque chose de très « doux », édulcoré. Quand c´est cucul, c´est « bébête », quoi ! Ça me fait penser que j´ai toujours du mal à expliquer aux étudiants ce que veut dire « niais », « gnan-gnan », sans passer par les traductions (« ñoño », « cursi »). Ça me fait penser aussi que les Espagnols ont aussi, se référant à cette partie du corps, l´expression « tonto del culo », même si c´est un peu plus fort que quelqu´un qui est juste, naïvement, « cucul la praline ».

Et puis j´ai découvert, en faisant quelques recherches sur l´expression, qu´il y avait une petite héroïne en littérature infantile qui était surnommée « cucul la praline » (pauvre bichette !) et qu´on pouvait même obtenir le diplôme de la fille la plus… cucul la praline !!! Qu´on se le dise…! Bon, je ne suis pas sûre que mes étudiant(e)s soient très intéressés par cette distinction…

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En tout cas, écrire ce billet – et le lire aussi j´espère – reste une façon de mourir moins bébête ce soir, moins cucul…;-)

 

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Faire grise mine et rire jaune

Je commence à avoir envie de terminer mon cycle de couleurs et aujourd’hui j´en lancerai deux d´un coup sur la toile pour conclure : le jaune et le gris.

Avant d´oublier, je tiens à passer une information – en particulier aux lectrices et lecteurs catalans – car elle m´a bien fait plaisir lorsque je l´ai apprise lors d´une récente formation : le concours des Mots passants organisé chaque année par l´Université Autonome de Barcelone a pour thème et contrainte d´utiliser des adjectifs et expressions liées…aux couleurs ! Donc, voilà, je crois que si vous avez suivi les derniers posts, vous avez un petit coup de pouce pour les utiliser à bon escient dans vos créations…:-) Je vous laisse ici le lien vers les bases du concours : concours Mots passants

faire-grise-mine-TV5

faire grise mine sur TV5monde

Je crois que j´ai expliqué à peu près toutes les expressions qui entrent dans ce concours et il manque juste « faire grise mine » , par laquelle je vais commencer donc. Revenons d´abord aux bases : avoir bonne mine ou mauvaise mine c´est la première impression que vous donnez sur votre forme – physique ou psychique, si vous êtes en bonne santé. « Oh tu as bonne mine dis-moi ! », pour quelqu´un que vous voyez arriver souriant, le teint hâlé et qui semble « péter la forme » (=aller très bien, dans le registre familier). Par opposition, « tu as mauvaise mine«  ou « tu as une petite mine en ce moment » signifie que la personne n´est pas très en forme, a l´air faible, un peu déprimée, pas en très bonne santé, quoi ! Et c´est là qu’arrive notre « tu fais grise mine » puisqu’on peut bien imaginer que lorsqu’on vire au gris, ce n´est pas bon signe. La mine désignerait plus ou moins le visage – ou l´aspect que l´on a en général. Faire grise mine à quelqu´un, c´est aussi accueillir ou traiter quelqu´un avec froideur. Cela veut dire que la personne est de mauvaise humeur, maussade. Pas dans un bon jour en somme…

Alors la personne faisant grise mine pourrait facilement aller se griser = s´enivrer ! Cependant l´expression est plutôt au sens figuré, s´enivrer « psychologiquement », ce qui a l´avantage d´éviter la gueule de bois le lendemain. Je me souviens d´une jeune femme, quand j´étais enfant, qui expliquait à mes parents que le ski alpin, c´était « grisant » et moi je ne comprenais pas ce qu´elle voulait dire, avec tout ce que je voyais autour de moi blanc comme neige ! Maintenant je sais qu´elle voulait parler de la sensation vertigineuse et enivrante de glisser sur les pistes…

matière-grisePour les intellectuels, cela peut être grisant aussi d´utiliser sa matière grise = son cerveau, avec toutes ses neurones dedans en train de danser la polka ! Par ailleurs, être une éminence grise, désigne un conseiller secret qui influence les décisions prises par un homme de pouvoir.

matière-grise-humour

matière grise par Pinotte

la-nuit-chat-grisEnfin, on a l´expression « La nuit tous les chats sont gris » signifiant que dans l´obscurité on peut facilement confondre et mélanger les objets, personnes ou animaux et que toute différence ou singularité est annulée. Ce qui résulte d´un phénomène explicable scientifiquement (la réaction de notre rétine dans la pénombre) conduit à ce phénomène de confusion générale où tout peut être dissimulé.

nuit-chat_gris-didier-leveille

dessin-Didier-Leveille

Passons au jaune : l´expression la plus courante sans doute serait « rire jaune » : quand on rit jaune, c´est qu´on est mal à l´aise, qu´on se force à rire et à faire comme si on trouvait ça drôle mais qu´intérieurement on éprouvait de la colère, du dépit ou qu´on se sentait vexés. C´est donc un rire hypocrite. Souvent on attribue de façon erronée cette expressionrire-jaune au « rire asiatique » – et pour avoir vécu un an en Chine, je peux en effet attester que les Chinois vous disent souvent non avec un large sourire et en riant, si bien qu´on ne sait pas toujours sur quel pied danser – mais en réalité  ce jaune-là viendrait de la bile, qui, lorsqu’on est de mauvaise humeur ou contrarié, remonte au visage et le teinte de cette couleur. rire-jaune-emoticonLe rouge trahit nos émotions tandis que le jaune tente de les dissimuler. Ce qui, par contre, revient réellement aux asiatiques c´est le « péril jaune », expression de la fin du XIXème siècle traduisant la peur que les peuples d´Asie surpassent les Blancs et gouvernent le monde.

Le jaune est alors souvent la couleur de la fausseté, de la trahison, voire du déshonneur conjugal, il est notamment couramment mis en relation avec l´adultère. N´offrez jamais de roses jaunes à une femme, c’est une offense ! Le jaune est la couleur des cocus. jaune-cocuUn mari « peint en jaune » est trompé par sa femme. On peut d´ailleurs aussi trouver l´expression être jaune de jalousie, moins courant pourtant qu´être vert de jalousie. Qui comporte le risque de « franchir la ligne jaune » (=aller trop loin) et de casser toute la fine porcelaine héritée de la vieille grande-tante en faisant une scène de ménage à l’italienne. Cette ligne jaune est francophone, et dans le monde de la diplomatie on se plie facilement à la « ligne rouge » internationale.

franchir-ligne-jaune

TV5monde

Conclusion : le gris et le jaune, ça va assez bien ensemble mais ce ne sont pas des couleurs de très bon augure sur notre palette de peinture ! Si, en plus, vous vous mettez à fumer du gris (=tabac ordinaire, souvent celui qui est à rouler) et vous servez un « petit jaune » (=pastis) pour vous consoler de toutes ces mésaventures et humeurs maussades, vous en perdrez jusqu’à votre santé ! Non, résolument, autant se mettre au vert et voir la vie en rose...

Sur ce et en achevant donc ce cycle d’expressions colorées (bien qu’il y en ait encore bien d’autres !), bonne chance à tous ceux qui se lanceront dans le concours des Mots passants ! Je vous laisse aussi cette jolie planche d’images réalisée par des enfants d’une école primaire en France (Le Cheylas) où les élèves ont illustré plusieurs des expressions figées que nous avons expliquées ces derniers mois. Une bonne façon aussi de les retenir 😉

grise-mine-rire-jaune-planche-enfants-école-Grenoble

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Vous reprendrez bien un peu de choucroute…?

culture chou

culture chou

Je reviens avec mes histoires de choucroutes. Si l´origine de l´expression « Aucun rapport avec la choucroute » ne semble pas très claire,« Pédaler dans la choucroute » bénéficie de quelques explications, bien que les sites en parlant ne se mettent pas non plus d´accord. Premièrement, arrêtons-nous au sens de l´expression qui est, pour le coup, assez imagé : pédaler dans la choucroute signifie ne pas avancer, perdre le fil de ses pensées, patauger, ne pas s´en sortir, faire des efforts vains et inefficaces… Beaucoup se réfèrent au cyclisme, lorsqu´un coureur avait un coup de pompe* et n´avait plus la force de pédaler ou alors pour des résultats inopérants, comme s´ils essayaient d´avancer dans une matière molle. Le rapport avec la choucroute ? Ça ce n´est pas très clair justement, sur un des sites on parle de la consistance épaisse et flasque du plat rendant difficile l´effort (d´ailleurs on dit aussi pédaler dans la semoule ou dans le yaourt), sur un autre on évoque les panneaux publicitaires à l´effigie de marques de choucroutes que portaient les voitures-balais du Tour de France (un peu fantaisiste comme explication mais pourquoi pas)…Sur un forum, l´expression ouvre à des débats houleux, qui valent ce qu´ils valent mais ont le mérite de retenir l´attention. Par rapport au cyclisme, un intervenant précise que l´expression date du début des années 50 et serait « souvent attribuée à Roger Hassenforder, un champion de l’époque, rival de Bobet, alsacien et connu pour son humour. Il tient d’ailleurs aujourd’hui un restaurant en Alsace, renommé pour sa choucroute. »

pedalerchoucroute-dessin-sur-www.languefrancaise.net

pedalerchoucroute-dessin-sur-www.languefrancaise.net

Un autre parle du procédé traditionnel pour « faire » la choucroute en expliquant que l´« on plaçait le chou blanc haché dans des cuves, puis on le foulait du pied  pour tasser le chou, afin d’en expulser l’air et d’en mettre un maximum dans la cuve. Un peu comme pour fouler le vin, jadis. »
Selon lui, l´expression viendrait de là, pédaler mais sans avancer…Mélange de champions de cyclisme et de traditions de l´élaboration de la choucroute ? En tout état de cause, avouez que la choucroute a quelque chose de comique, sa sonorité même a un je-ne-sais-quoi d´exotique 😉 !

J´avais prévu d´enchaîner sur des expressions contenant le mot « chou » (dont la langue française regorge !) mais je vais m´arrêter là pour aujourd´hui, je dois aller chercher mon bout de chou 😉 ! À bientôt pour d´autres articles gastronomiques…

Expressions bonus :

avoir un coup de pompe = se sentir fatigué/e, perdre de l´énergie.

un bout de chou = un enfant.« Mon chou » = expression affectueuse pour parler de son enfant, voire parfois de son compagnon ou de sa compagne. Peut-être parce que l´on dit que les bébés naissent dans les choux ???

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Aucun rapport avec la choucroute !

Ça fait une éternité que je n´ai pas écrit ici, faute aux examens, faute à la dernière ligne droite de juin, bref, c´est la faute à Voltaire !* 😉

Ça fait un bail, dirait ma mère (pour se replonger directement dans le bain des expressions…). Pas étonnant d´ailleurs que cette expression me vienne de ma mère puisqu´elle a grandi dans une ferme de l´Anjou et que « ce bail » fait référence aux baux de fermage, c’est-à-dire à la location d’exploitations agricoles, dont la durée était généralement longue. « Ça fait un bail qu´on ne s´est pas vus » = ça fait très longtemps !

Mais, même si ça fait un bail donc que je n´ai pas posté d´article, j´y ai pensé à maintes reprises et j´ai quelques articles sous le coude* pour les semaines à venir.

Une m´est venue à l´esprit suite à la visite d´un couple d´amis originaires d´Alsace, pays des maisons fleuries, de la Flammekueche, des bretzels et…de la choucroute ! Cette bien étrange expression qui, si l´on en croit les débats sur certains forums, restent méconnue par un bon nombre de locuteurs francophones et intriguent tant les étrangers comme les Français d´ailleurs: Ça n´a rien à voir avec la choucroute ! Ou : Aucun rapport avec la choucroute ! Ce qui signifie :ça n´a aucun rapport, aucun lien avec le sujet dont on est en train de parler.

une belle choucroute alsacienne

une belle choucroute alsacienne

 

Ça fait partie des expressions que j´affectionne, pour ce côté surréaliste et absurde (pourquoi la choucroute ?). Ne comptez pas sur moi pour vous expliquer l´origine de cette expression, personne n´a l´air de la connaître ! Par contre, il est intéressant de savoir qu´en anglais il y a des expressions similaires, du type « it has nothing to do with the price of tea in Russia » ou « with the price of beans in China ». 

Avec la choucroute, il y a cependant une autre expression amusante, qui est pédaler dans la choucroute et là il semble qu´il y ait une origine connue ou plausible :

dessin Heidi-Spiegel-sur-pedalerdanslachoucroute.blogspot

dessin Heidi-Spiegel-sur-pedalerdanslachoucroute.blogspot

 

Promis, demain je vous explique…! 😉

Expressions bonus :

c´est la faute à Voltaire ! = extrait des paroles chantées par Gavroche dans Les Misérables de Victor Hugo.

– sous le coude : à disposition, en réserve.

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