Archives de Tag: registres de langue

La peau des fesses !

C´est souvent à travers nos enfants que nous prenons conscience de notre manière de parler, de nos tics de langage, voire de nos dérapages. En fidèles petits perroquets, ils répètent ainsi parfois un mot ou une expression dont l´un des parents a l´usage, sans que celui-ci n´en ait pleinement conscience par ailleurs. Quand l´enfant grandit dans un milieu bilingue, c´est encore plus drôle puisque selon la langue dans laquelle est prononcé le mot ou l´expression, un des parents réagit immédiatement (d´autant plus si le mot est grossier) et l´autre est immédiatement démasqué : « Mais c´est toi qui lui a appris ça ??? » – « Moi ??? Mais non, voyons ! » – « Mais si mais si, je vois bien, tu le dis tout le temps ce gros mot ! ».

Ainsi en va t´il de ma manie des expressions idiomatiques…Ma fille est le baromètre mesurant la fréquence et la récurrence du « top 10 » des expressions que j´utilise le plus, sans m´en rendre compte…Jusqu´au moment où, surprise, je l´entend l´intégrer à son langage, comme l´autre jour où, dans les rayons d´un supermarché je l´entendais claironner sur trois notes de musique « La peau des fesses ! La peau des fesses ! » – « Quoi ??? Que dis-tu Solenn (= prénom de ma fille) ? » – « Eh bien oui, maman tu dis toujours ça, quand je veux prendre par exemple ce paquet de biscuits de la marque-à-la-mode-chez-les-petits-car-avec-la-tête-de-cet-affreux-personnage-de-dessin-animé : « non on va pas acheter celui-là, ça coûte la peau des fesses ! » 😉

la-peau-des-fesses-dessin-d-Anneka

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L´occasion donc de revenir ici sur cette expression fort utile qui, vous l´aurez compris, signifie : Ça coûte très cher. Décortiquons-la premièrement pour ceux qui ne savent pas encore ce que sont les fesses. Voici la définition de Tv5 : fesse (nom féminin) : « Endroit charnu de la région du bassin chez l’homme et chez certains animaux« . Je préciserai – mais cela ne tient qu´à moi : « en général plus charnu chez la femme que chez l´homme » mais je ne sais pas si le sens du mot vous paraîtra plus clair, alors précisons : nous en avons deux et nous nous asseyons dessus. Le postérieur en somme. Tentons le synonyme en registre familier qui parlera immédiatement aux Catalans : le cul ! (bien que le cul est la totalité tandis que la fesse est la partie…vous saisissez la différence ?). Et ce n´est pas que je veuille tomber dans la vulgarité mais la même expression existe dans un registre plus familier : Ça coûte la peau du cul ! On peut donc apprécier le fait que j´emploie plus volontiers devant mon enfant la version « soft » de l´expression, ce que me faisait remarquer une amie hongro-suédoise revue cet été à Stockholm (où tout est affreusement cher) et parlant couramment français  : « ah oui c´est bien toi tu dis « la peau des fesses », moi je dis toujours « la peau du cul »!!! ». En fait on ne sait pas très bien d´où vient l´expression mais apparemment il fut un temps où on disait seulement « ça coûte la peau » sans préciser une zone de notre anatomie.

Autre variante synonyme pour quitter la partie basse de notre corps : ça coûte les yeux de la tête. Avouez que c´est amusant de préciser « de la tête » comme si nous avions des yeux ailleurs…Mais voilà, vous l´aurez compris, quand un Français peut s´exprimer en 7 mots plutôt que 4, il choisit toujours le chemin le plus long…;-)

Image-Cache-cash-droits-reservés

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Gestes et paroles à boire

Au début de l´année j´avais pris la résolution de faire la part belle aux gestes. Je reviens donc avec un  geste qui, pour un Français « parle de lui-même » (dans le sens où il n´a pas forcément  besoin d´être accompagné d´un commentaire) mais  qui  pour un spectateur étranger est sans-doute l´un des plus indéchiffrables qui soit. Avant de poursuivre, je vous le montre :

geste interculturel

geste interculturel

Il y a un mouvement rotatif de la main au niveau du nez. Bizarre n´est-ce-pas…Je l´ai testé auprès d´étudiants ou amis hongrois, roumains, chinois, tibétains, indiens, maliens, ouzbeks, arméniens, suédois, allemands, espagnols, catalans, italiens, suisses, russes et biélorusses (qui pourtant s´y connaissent…), américains ou colombiens, que sais-je encore ! La première fois, ils m´ont tous regardée d´un air perplexe : « Tu as quelque chose au nez qui te démange ??? ». « Non non, je veux dire…lui, là….enfin vous voyez bien il est complètement….

source:insu_fle

source:insu_fle

« Complètement quoi ??? » Je vous assure, faites le test, aux 4 coins du monde, aussi vrai que la Terre est ronde, la perplexité est de mise. Mais qu´est-ce qui se passe avec le nez ??? Qu´est-ce que tu gesto-racontes ? Eh bien, un geste – une expression = Il a un verre dans le nez ! Il est ivre ou saoul, ou – plus familier pompette, bourré, cuit, cuité, paf, rond, soûl comme un cochon…et j´en passe…Il a trop bu, quoi !

Après si vous vous demandez pourquoi le nez est le siège de l´ivresse, eh bien…c´est hors de mes compétences, je me pose exactement la même question et n´ai pas encore trouvé de réponse. Les connaisseurs sont chaleureusement invités à partager leur science en ce domaine. Est-ce l´expression qui précède le geste ou l´inverse ? En état d´ébriété l´alcool remonte t- il dans les narines et faut-il essorer le tout par ce geste délicat de la main ? Mystère…

En attendant trinquons ! À la vôtre 😉

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Des fringues, des fripes et des frocs…

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Voilà, la neige est arrivée dans les Pyrénées ! (celui qui me lit depuis Rio de Janeiro rigole doucement, je l´entends d´ici…). Noël approche, il faut mettre une petite laine (= sortir ses pulls, se couvrir), des gants, des écharpes et des bonnets, voire des cache-nez, pour ne pas attraper froid. Bref c´est l´occasion d´un post sur  les fringues (fam) = les vêtements, et de sortir de ma « grève par le zèle » (ça s´est éternisé vous avez remarqué ?). Ça tombe bien, on est en plein dedans (les fringues, pas la grève) avec les 2ème années et mon amie Mélanie – qui doit aussi plancher là-dessus avec ses étudiants – me demandait si FrancofiLs avait déjà abordé le sujet. Et bien non en fait, à part une allusion sur les formules de fin d´année où apparaît l´expression se mettre sur son 31 = s´habiller chic pour une soirée dans cet article (où vous pourrez découvrir pourquoi « 31 » ? https://francofils.wordpress.com/tag/formules-2/). Bon mais il y a de quoi faire sur le sujet donc  voici quelques pistes avec comme entrées : un proverbe, les registres, quelques anglicismes et enfin les expressions :

 * Commençons par un proverbe qui guidera tout le reste :

                                                               L´habit ne fait pas le moine

 = Il ne faut pas se fier aux apparences.

*Et puis, les registres pour voir comment parler de ces morceaux de tissus qu´on doit se mettre chaque matin afin de ne pas sortir dans la rue nu comme un vers :

nu-comme-un-vers-dide-midilibre

1. registre soutenu :

« Voici vos effets, madame Saperlipopette. Vos souliers sont esquintés »

2. Registre standard :

« Voici vos vêtements / vos habits, Madame. Vos chaussures sont abîmées »

3. Registre familier :

V´là vos fringues / vos fripes / vos sapes, m´dam. Vos pompes/grolles/godasses sont destroy ! »

Dans le registre familier, on a aussi  « un fute » ou « un froc »  pour le pantalon, ce dernier se déclinant en locutions verbales du type « prendre ou quitter le froc » (=prendre ou quitter l´habit monacal) ou plus simplement le verbe « se défroquer »  (=enlever son pantalon) mais ne vous aventurez pas à lui enlever son préfixe à ce froc-là pour inventer l´expression « je me froque » par exemple, car jusqu´à présent on n´a jamais entendu cette version-là (mais dans la langue, tout arrive !). Le mot « costume », lui, peut être affublé du suffixe « ard » pour se transformer en « costard » (ex : « il faut bien se saper ce soir, c´est soirée costard-cravate ! »).

* Pour les anglicismes, on est servis : je ne comprends d´ailleurs pas pourquoi le français a adopté tant de mots anglais pour parler fripes (t-shirt, pull, top, baskets, sweat etc), à croire qu´on n´avait rien à se mettre sur le dos  de production locale !!! (ça casse le mythe de France = la mode !). Voici un petit clin d´oeil humoristique à une fashion victim écolo :

fashion-victim

* Du côté des expressions maintenant, une petite sélection :

ChapeauBas

– chapeau bas / tirer son chapeau à qqn = le féliciter, lui marquer son admiration.

– se prendre une veste = subir un échec, en particulier dans le domaine de la séduction.

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Un coureur de jupons (= Don Juan, séducteur forcené) doit parfois se prendre des vestes mais cela ne le décourage pas !

faire la manche = mendier.  / « retrousser ses manches » = se mettre au travail.

se faire tailler un short ou tailler un short à quelqu´un = passer en voiture si près d´une personne qu´on lui coupe presque une partie de son pantalon. Par extension, porter atteinte à l´intégrité physique de quelqu´un.

– c´est sa femme qui porte la culotte = c´est la femme qui prend les décisions, a un rôle autoritaire/dominateur dans le couple. Voici une expression intéressante à la fois au niveau de la langue et de la culture. En effet, culturellement elle est assez significative : apparue au XVIIIème siècle, elle est fondée sur le schéma traditionnel en vigueur à cette époque où l´homme devait être le seul détenteur de l´autorité et la femme n´avait qu´à obéir. Que sa femme porte la culotte était donc une inversion des rôles portant atteinte à la domination masculine. Au niveau de la langue, cela nous rappelle que la « culotte » désignait à l´origine le pantalon (pensons aux sans-culottes de la Révolution) : depuis, cette « culotte »-là n´est plus en usage (ou alors elle s´est fait sacrément taillé un short !) et désigne le sous-vêtement…féminin ! Donc oui, ce sont bien les femmes qui portent la (petite) culotte aujourd´hui – au sens littéral en tout cas – ce qui est peut-être un signe que la société évolue au pas de la langue 😉

Allez ça suffit pour aujourd´hui, vous êtes exténués et moi aussi, je prends mes cliques et mes claques (=prendre ses affaires, ses vêtements) et je vais m´en jeter un derrière la cravate ! (=aller boire un verre), ah bah oui que voulez-vous, la neige, le froid, les hivers rudes des montagnes, il faut bien se réchauffer !!!

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Comment dire « me importa un bledo » en français ?

À cette question hautement philosophique, répondons d´abord par quelques conseils :

– premièrement, évitez la traduction littérale. Ne dites pas, par exemple « Ça m´importe une blette ! » (la blette étant cette plante-légume qui correspondrait au « bledo » – l´alcega – selon ce site qui s´occupe aussi d´expressions – en castillan). Ne dites pas non plus « Ça m´importe un concombre » (pour « me importa un pepino »), ni  « ça m´importe un cumin », si petite soit cette graine…(pour le comino), et dites encore moins « ça m´importe un radis » (pour « me importa un rabano ») car le radis, en français, c´est TRÈS important : « T´as des radis ? » = « T´as de l´argent ? ». Autant dire que par les temps qui courent, les radis importent grandement. Donc, premier conseil, vous oubliez les légumes du marché ou de votre potager. Vous oubliez aussi vos poules et vous ne dites pas plus « ça m´importe un oeuf » pour « me importa un huevo ». Bref : vous ne traduisez pas mot à mot vos jolies expressions !!!

* Oui mais alors qu´est-ce qu´on dit pour parler de quelque chose dont on se fiche absolument en français ?

Contemplons le choix d´expressions en les graduant sur notre échelle de Richter de la politesse, c´est-à-dire du registre le plus soutenu au registre le plus familier. C´est parti !

Registre soutenu :

Cela m´importe guère très cher…

Je n´en ai cure…

Je m´en moque éperdument…                             C´est beau le registre soutenu, non ? 😉

Registre standard :

Ça m´est égal.                                                            Un peu pauvre le registre standard !

Pierre, Maurice Sendak, Plumetis

Pierre, Maurice Sendak, Plumetis

Registre familier  (oui, j´admets, on tombe vite dans le familier…) :

Je m´en fiche   – + imagé : je m´en fiche comme de l´an 40 ! (hypothèses sur l´origine de cette expression sur ce très bon site !)

Je m´en tape !

Je m´en fous !  – voire : je m´en contrefous !

J´en ai rien à battre ! (« battre » peut être remplacé par « foutre », « taper », « secouer »).

Il y a des expressions plus vulgaires encore qui commencent par « je m´en bats les c… » mais je vous laisse le soin de chercher par vous-même la fin (j´ai des lecteurs sensibles et je ne voudrais surtout pas avoir sur la conscience vos dérives langagières par la suite).

Bref en tout cas vous vous en serez rendu compte : les Français sont nettement moins métaphoriques que les Espagnols quand il s´agit de parler de choses qui ne les intéressent pas du tout. La grossièreté leur permet de très vite faire comprendre que leur mépris envers ladite chose est totale.

Bien, mais je le répète : je vous livre ce post comme promis mais cela ne correspond en rien à mes préoccupations actuelles ! Qu´on se le dise : tout m´importe !

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Ça ne mange pas de pain…

Ma question l´autre jour est restée en suspens lorsque j´ai demandé : savez-vous par quel mot ou image les internautes arrivent par hasard sur le blog ? Eh bien, c´est incroyable mais voici LA photo du blog, celle qui arrive toujours au top ten des entrées :

pains sur le blog "pain-confiture"

pains sur le blog « pain-confiture »

Bref, en gros ce que je veux vous dire c´est que les gens atterrissent sur FrancofiLs non par amour des mots et des expressions mais pour des raisons purement alimentaires…;-) L´article le plus lu est donc « Avoir du pain sur la planche », le seul que j´ai réussi à faire court d´ailleurs.

Après le pain, vous serez peut-être aussi amusés que moi de savoir que les autres mots entrés dans les moteurs de recherche et qui mènent au blog sont « poux », « enceinte » ou « ras-le-bol »…

Bien, mais ce n´est pas le tout, savez-vous seulement ce que signifient les expressions suivantes ? (les 3 premières fastoche* !) :

ça se vend comme des petits pains.

– être bon comme du bon pain.

– être long comme un jour sans pain.

– je ne mange pas de ce pain là.

– ôtez à quelqu´un le pain de la bouche.

– j´ai acheté cette robe pour une bouchée de pain.

– être au pain sec et à l´eau.

– coller un pain à quelqu´un                                                                         ???? 

Allez, amis FrancofiLs, remuez un peu vos méninges et envoyez au moins une réponse ! Sinon, je serai vraiment désespérée en pensant que la consultation de ce blog ne tient qu´à la recherche de l´aliment de base des Français ! D´ailleurs tout visiteur hasardeux, venu là à travers sa quête de pain, est le bienvenu également pour participer : ça ne mange pas de pain ! = ça ne coûte rien, ça n´a rien de désagréable – même si ne rapporte pas grand-chose…enfin bon quand-même, une photo !

D´ailleurs, quitte à ne pas avoir de réponses, avec ce deuxième article sur le PAIN, je vais peut-être avoir le double de visites…?!? Ah…ce serait ça alors le miracle de la multiplication des pains… !!! ;-)))

* fastoche = facile (registre familier).

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Paroles paroles paroles…

J-1 avant le premier tour des élections françaises. Je passe en revue* les programmes des candidats et relève – réflexe « francofiL » oblige ! – les expressions rigolotes et le ton général des discours de chacun.caricature Mazboudi

L´un, dont je n´ai toujours pas compris l´orientation politique, nous invite à nous « retrousser les manches » = à travailler, en somme. À croire donc que, selon lui, les Français glandent*.  Il propose également de se libérer des voyous (=petits ou grands délinquants). Soit. Je passe.

Jean-Luc Mélenchon, sur fond rouge, nous propose de tenir tête aux banques (=affronter, résister, protester) et de ne pas « nous laisser tondre » : l´expression semble être un raccourci de « ne pas se laisser tondre la laine sur le dos » (initialement on utilisait le verbe « manger » et non « tondre ») = ne pas se laisser exploiter sans se défendre. Mélenchon oscille entre la 4ème et la 3ème place dans les sondages.

Un autre parle d´apocalypse et menace d´aller « droit dans le mur » si on continue comme ça : d´aller à la catastrophe…Il exige un monde sans la City ni Wall Street et mêle différentes tendances, toutes assez obscures. La candidate des Verts, Eva Joly, ne souhaite laisser personne « sur le bord de la route » (=abandonné, livré à soi-même) et je souligne au passage qu´elle est la seule à avoir imprimé son programme sur du papier recyclé (alors que d´autres parlent aussi de leurs projets écolos). La candidate communiste Nathalie Arthaud note que la vie n´a jamais été rose pour les travailleurs, de plus en plus exploités par l´Etat, endetté jusqu´au cou (= extrêmement endetté) à cause du soutien aux banques et aux grandes entreprises.

caricature Rodho

Bref dans l´ensemble, se dégage de tous ces programmes, un gros ras-le-bol général des effets de la  mondialisation : crise, austérité, déséquilibres de plus en plus flagrants entre les riches et les pauvres. Les « gros partis », eux, n´utilisent que du langage standard-formel, pas une seule expression qui égaie leur discours, c´est assez ennuyeux du coup. Ils oublient aussi que le futur simple est un temps à valeur relativement plus hypothétique que le futur proche, ce qui n´échappe malheureusement pas à la candidate d´extrême-droite qui l´emploie sans vergogne et débite ses appels à la haine raciale et au retour à l´obscurantisme.

Terminons par le plus insolite et saugrenu, « l´ouvrier candidat » anti-capitaliste Philippe Poutou, dont la photo dénote d´emblée puisqu´il apparaît avec une barbe de 3 jours. En tant que « fils du peuple » s´adressant à ses compatriotes « fils du peuple » (« À la différence des professionnels de la politique, je suis l´un d´entre vous »), il décide donc de parler franc et d´user allégremment du registre familier. On a l´impression d´être accoudé au bar avec lui, une bière à la main. Petit aperçu avec la fin de sa lettre : « Il y a urgence à dégager Sarkozy et toute sa bande. Mais sans faire confiance à François Hollande qui ne propose rien d´autre qu´une politique d´austérité, en changeant l´emballage*, suivant ainsi l´exemple des socialistes grecs et espagnols ».

Bref, avec tous ces discours et toutes ces bonnes paroles, moi je ne sais plus qui je vais mettre dans l´enveloppe demain…

Premières élections françaises en 1848 - dessin Charles Vernier pour Charivari

Premières élections françaises en 1848 - dessin Charles Vernier pour Charivari

* passer en revue = examiner, contrôler.

* glander (familier) = ne rien faire.

* dégager = chasser du pouvoir, mettre dehors. « toute sa bande » = ses collègues, ministres, amis, Carla etc.

* changer l´emballage = changer la forme.

* sur le titre « Paroles paroles paroles «  : chanson de Dalida avec Alain Delon lui racontant des sornettes !

P.S : votre « cadavre exquis » est presque terminé…Désolée de l´attente, il y a eu embouteillage dans la chaîne de messages autour des vacances de Pâques et ça a tout freiné. Mais il ne manque plus que la dernière phrase alors patience…suspense suspense !

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Registres : comment dire « Estem farts ! » en français du plus formel au plus familier ?

dessin de "sauce chocolat"Aujourd´hui je parlerai des registres de langue : quand on apprend le français, on commence par le langage courant, standard. On aborde le registre soutenu et le ton plus formel quand on vous avertit de certains usages (le vouvoiement, la façon de s´adresser à une personne âgée, son supérieur hiérarchique etc) ou lorsqu´on commence à rédiger des lettres formelles, dans le domaine  professionnel par exemple (les fameuses formules à la fin des lettres de motivation « je vous prie d´agréer…patali patala mes salutations distinguées/sentiments respectueux », cas dans lequel même les Français avisés devraient toujours avoir sous la main un vieux livre de « bonnes manières » pour savoir quelle formule est la plus adéquate – en effet, l´usage a généralisé certaines formules qui, auparavant, étaient très codifiées en fonction du rapport hiérarchique qu´entretenaient les deux interlocuteurs. Ainsi nos piètres « salutations distinguées » n´étaient pas appropriées pour le quidam vers son supérieur sinon l´inverse. Bref, même si ce registre est finalement peu utilisé à l´oral, on en a grandement besoin dans certaines circonstances pour ne pas passer pour un « grossier personnage ».

Enfin, quand on va au cinéma voir un film francophone en V.O ou quand on met les pieds directement dans le pays, on se rend vite compte qu´on a absolument besoin du 3ème registre : le registre familier. Car une phrase comme « Je ne sais pas » est plus souvent prononcée par le commun des mortels « J´sais pas » (prononcez « chepa ») ou l´invitation « on organise un dîner ?» plutôt formulée ainsi : « On s´fait une bouffe ? ».

dessin d´Isabelle Glaster

En prenant pour toile de fond la manifestation de demain, je vous propose donc aujourd´hui une déclinaison d´expressions pour exprimer sa colère, du registre soutenu au registre le plus familier (voire vulgaire). Notre pivot sera l´expression commune : «On en a marre ! »

Soutenu :

« Vous nous  voyez fort las de cette situation ! »

« Tout cela nous éreinte/accable au plus haut point ! »

(notez que ceux qui emploient ce langage ne se plaignent peut-être pas des mêmes choses qu´une personne lambda mais qui sait…)

Standard :

« On en a assez ! Ça suffit !»

« On en a par-dessus la tête ! »

« La coupe est pleine ! », « C´est la goutte d´eau qui fait déborder le vase » dessin sur eu.org

Familier :

« On en a marre ! », « Y´en a marre ! » (= « il y en a marre » en toutes lettres…), “Basta !” (ah oui, vous me direz, c´est aussi peu français que « Ciao » mais…tout autant employé !)

« On en a plein le dos ! » (ou…l´élément corporel un peu plus bas que le dos, cf plus loin 😉 )

  • Beaucoup d´expressions avec « ras » qui désigne une unité de mesure signifiant qu´un récipient a atteint sa limite sans déborder (pensez à un verre rempli « à ras bord » comme ça :  )

 « On en a ras la casquette ! » ou « ras la patate ! » ou encore…d´origine plus vulgaire (mais très très couramment employé et sans que personne ne se souvienne du premier sens de ce « bol ») : « Ras le bol ! » = « Ras le cul !».

Voilà, je pense que vous avez assez d´expressions pour aujourd´hui (et pour demain !). Ne croyez pas pour autant que je vous encourage à parler de plus en plus grossièrement en français, ce blog a une valeur informative et culturelle 😉

Marre

Dessin de Thal

Je termine par cet extrait d´Ulysse from Bagdad, où le narrateur parle très joliment de son père qui passe d´un registre extrême à l´autre !  J´en profite d´ailleurs pour vous recommander ce livre et son auteur, Eric-Emmanuel Schmitt, tous deux excellents.  Pour ceux qui ont vu Welcome, l´histoire de cet Ulysse vous rappelera fortement « Bilal-Bazda ».

 « Mon père contribuait à brouiller notre organisation par sa façon de parler. Bibliothécaire, fin lecteur, érudit, rêveur, il avait contracté dans les livres la manie de méditer en langage noble ; à l´instar des lettrés arabes raffolant de poésie, il préférait fréquenter la langue en altitude, là où la nuit se nomme « le manteau d´obscurité qui s´abat sur le cosmos », un pain « le mariage de la farine avec l´eau », le lait « le miel des ruminants » et une bouse de vache « la galette des prés ». Par conséquent il appelait son père « l´auteur de mes jours », son épouse notre mère « ma fontaine de fertilité » et ses rejetons* « la chair de ma chair, le sang de mon sang, la sueur des étoiles ». (…) Or ses périphrases fleuries ne formaient pas des messages clairs ; parce que ses premières formules alambiquées ne rencontraient que bouche bée chez ses interlocuteurs, particulièrement chez nous, sa postérité, le patriarche Saad, agacé, bouillant de colère devant tant d´inculture, perdait patience et traduisait aussitôt sa pensée dans les termes les plus grossiers, estimant que, s´il s´adressait à des ânes, il leur causerait* comme tel. Ainsi passait-il de « Peu me chaut » à « Rien à cirer », de « Cesse de m´emberlificoter, facétieux lutin » à « Te fiche pas de moi, crétin ! ». En fait, mon père ignorait les mots usuels ; il ne pratiquait que les extrêmes, vivant aux deux étages les plus distants de la langue, le noble et le trivial, sautant de l´un à l´autre. »

Eric-Emmanuel Schmitt, Ulysse from Bagdad

couverture du livre Ulysse from Bagdad

*rejeton : façon familière de parler de ses enfants.

* causer = parler

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