Ça commence à me courir sur le haricot…

courir-haricot-image-de-Dide

dessin de Dide

Cela fait un moment que je veux présenter cette expression sur FrancofiLs. Et, en vérifiant son origine, je comprends qu’elle ne me revient peut-être pas par hasard et fait écho à l’actualité la plus brûlante.

Avant d’en déterminer le contexte, expliquons le sens de cette drôle d’expression. Ça commence à me courir sur le haricot = ça commence à m’énerver, à m’agacer profondément, voire à m’exaspérer.

Pourquoi « courir » et pourquoi « haricot » ? Dès le XVIème siècle, le verbe « courir » dans son emploi populaire et transitif (courir quelqu’un) signifiait l’importuner. Au XIXème siècle, le verbe « haricoter » avait à peu près le même sens, dans un cadre davantage commercial, « chipoter pour rien en affaires », et donc exaspérer son interlocuteur. On trouve également le mot argotique de « haricot » pour « orteil » et donc si quelqu’un vous écrase l’orteil, forcément ça vous agace…

Et qu’est-ce qui commence à me courir sur le haricot et me propulse vers l’actualité, me demanderez-vous ? Et bien ce même mot d’ « importuner » auquel l’expression nous renvoie et qui résonne de bien triste manière dernièrement. Il y a quelques jours, une centaine de femmes ont signé dans Le Monde une tribune pour revendiquer, je cite, « le droit des hommes à importuner les femmes ». Je ne reviendrais pas en long en large et en travers sur toute cette affaire ni donnerais en détails mon opinion sur le sujet – ce n’est pas l’objet de ce blog. Il suffit juste de dire que cela fait suite à la campagne #balance-ton-porc# ou #me-too#  qui avait permis il y a quelques mois de libérer la parole des femmes victimes de violences sexuelles ou de harcèlements. Même si on pouvait lamenter quelques écueils de cette campagne ou être circonspect sur la terminologie porcine choisie, il n’en reste pas moins que les femmes victimes n’avaient pas besoin que d’autres  congénères se mettent à défendre un système patriarcal bien huilé où se faire draguer lourdement ne devrait être considéré que comme « le droit des hommes à importuner », sans plus…Certes, certaines ont peut-être tout mélangé et dans la déferlante des réseaux sociaux ont mis dans le même paquet le viol le plus sordide à l’attouchement maladroit et tristement banal qui ne traumatise pas à vie certaines demoiselles. Il n’en demeure pas moins que ces femmes-là ont le droit de vivre l’événement comme également choquant et traumatisant et que ça semble vraiment déplacé de la part de ces 100 femmes de leur retirer déjà la parole et de minimiser encore leurs dires – ou de banaliser ce qui ne l’est pas car pourquoi les femmes ne se frottent-elles pas contre les hommes dans le métro, elles ? N’y a t-il pas là du déterminisme social et le rôle de l’éducation ?

En tout cas, ce qui est sûr, c’est que s’il y a bien quelque chose qui nous court sur le haricot depuis des lustres, c’est ce sexisme ordinaire qui ne fait pas vraiment avancer la société ! Donc les 100 meufs là, tournez sept fois votre langue dans votre bouche avant de parler s’il-vous-plait, les femmes et les hommes – non porcs – s’en porteront bien mieux !

courir-haricot-2

par theintrepidguide

Bonus :

  • meufs = verlan de « femmes »
  • Tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler = réfléchir avant de parler.
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Classé dans expressions avec les aliments, Expressions imagées

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