Archives de Tag: expressions idiomatiques

« Le langage du corps » selon Grand Corps Malade

Aujourd’hui c’est Grand Corps Malade qui signe indirectement ce billet truffé d’expressions et vient à ma rescousse car, comme je l’ai expliqué récemment, le temps m’est compté ces derniers temps et je ne peux pas alimenter FrancofiLs aussi souvent que je l’aimerais. Mais, pas de problème, artistes, écrivains ou chanteurs sont là pour illustrer cette omniprésence des expressions imagées dans notre langage et notre goût pour en jouer. Il y a peu, circulait cette vidéo « inédite » du slameur Grand Corps Malade, aubaine incroyable pour notre blog ! Je vous laisse écouter d’abord…puis vous copie les paroles en faisant apparaître toutes les expressions idiomatiques liées au corps qu’il a insérées dans son texte (il y en a d’autres mais celles-ci je ne les relèverais pas ici). Celles qui ont fait l’objet de posts précédents sur FrancofiLs, je vous les mets également en lien…Pour les autres….allez, c’est un devoir ! Cherchez, faites des hypothèses, discutez-en entre vous et commentez ce billet pour élucider les mystères de toutes ces expressions ! Peut-être que lorsque j’aurais un peu plus de temps, je vous mettrai en bas du texte quelques pistes ou équivalents en langage standard pour les retrouver…Faites bouillir les neurones ! (= Creusez-vous la tête !)

 Le langage du corps – Grand Corps Malade

Paroles de la chanson :

Le corps humain est un royaume où chaque organe veut être le roi
Y’a le coeur, la tête les couilles, ça vous le savez déjà
Mais les autres parties du corps ont aussi leur mot à dire
Chacun veut prendre le pouvoir et le pire est à venir
Il y a bien sûr la bouche qui a souvent une grande gueule 
Elle pense être la plus farouche mais se met souvent le doigt dans l’ œil 
Elle a la langue bien pendue pour jouer les chefs du corps humain
Elle montre les dents c’est connu mais n’a pas le cœur sur la main 
Seulement la main n’a pas forcément le monopole du cœur
Elle aime bien serrer le poing, elle aime jouer les terreurs
Elle peut même faire un doigt elle ne fait rien à moitié
La main ne prend pas de gants et nous prend vite à contre-pied
Le pied n’a pas de poil dans la main mais manque d’ambition
Au pied levé je dirais comme ça que le pied n’a pas le bras long 
Les bras eux font des grands gestes pour se donner le beau rôle
Ils tirent un peu la couverture mais gardent la tête sur les épaules 

Quand la bouche en fait trop la main veut marquer le coup
Pour pas prendre sa gifle la bouche prend ses jambes à son cou 
La bouche n’a rien dans le ventre elle préfère tourner le dos
Et la main sait jouer des coudes la tête lui tire son chapeau
Mais l’oeil n’est pas d’accord elle lui fait les gros yeux 
Ils sont pas plus gros que le ventre mais l’oeil il sait ce qu’il veut
Car l’œil a la dent dure, le corps le sait tout le monde le voit

À part peut-être la main qui pourrait bien s’en mordre les doigts 
Et la jambe dans tout ça et bien elle s’en bat les reins
Elle est droite dans sa botte et continue son chemin
Personne ne lui arrive à la cheville quand il s’agit d’avancer
Même avec son talon d’Achille elle trouve chaussure à son pied 
Les pieds travaillent main dans la main et continuent leur course
Jamais les doigts en éventail ils se tournent rarement les pouces 
Ça leur fait une belle jambe toutes ces querelles sans hauteur
Les pieds se foutent bien de tout ça loin des yeux loin du cœur 

Pour raconter l’corps humain rien n’est jamais évident
Je m’suis creusé la tête et même un peu cassé les dents
Alors ne faites pas la fine bouche j’espère que vous serez d’accord
Que c’texte est tiré par les cheveux mais que petit à petit il prend corps
J’n’ai pas eu froid aux yeux mais je reste un peu inquiet
Je croise les doigts pour qu’au final je retombe sur mes pieds 
Ne soyez pas mauvaise langue même si vous avez deviné
Que pour écrire ce poème je me suis tiré les vers du nez 

On peut être timide ou on peut parler fort
D’toutes façons ce qui décide c’est le langage du corps
On peut avoir l’esprit vide ou un cerveau comme un trésor
D’toutes façons ce qui domine c’est le langage du corps
C’est le langage du corps
C’est le langage du corps

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Ça commence à me courir sur le haricot…

courir-haricot-image-de-Dide

dessin de Dide

Cela fait un moment que je veux présenter cette expression sur FrancofiLs. Et, en vérifiant son origine, je comprends qu’elle ne me revient peut-être pas par hasard et fait écho à l’actualité la plus brûlante.

Avant d’en déterminer le contexte, expliquons le sens de cette drôle d’expression. Ça commence à me courir sur le haricot = ça commence à m’énerver, à m’agacer profondément, voire à m’exaspérer.

Pourquoi « courir » et pourquoi « haricot » ? Dès le XVIème siècle, le verbe « courir » dans son emploi populaire et transitif (courir quelqu’un) signifiait l’importuner. Au XIXème siècle, le verbe « haricoter » avait à peu près le même sens, dans un cadre davantage commercial, « chipoter pour rien en affaires », et donc exaspérer son interlocuteur. On trouve également le mot argotique de « haricot » pour « orteil » et donc si quelqu’un vous écrase l’orteil, forcément ça vous agace…

Et qu’est-ce qui commence à me courir sur le haricot et me propulse vers l’actualité, me demanderez-vous ? Et bien ce même mot d’ « importuner » auquel l’expression nous renvoie et qui résonne de bien triste manière dernièrement. Il y a quelques jours, une centaine de femmes ont signé dans Le Monde une tribune pour revendiquer, je cite, « le droit des hommes à importuner les femmes ». Je ne reviendrais pas en long en large et en travers sur toute cette affaire ni donnerais en détails mon opinion sur le sujet – ce n’est pas l’objet de ce blog. Il suffit juste de dire que cela fait suite à la campagne #balance-ton-porc# ou #me-too#  qui avait permis il y a quelques mois de libérer la parole des femmes victimes de violences sexuelles ou de harcèlements. Même si on pouvait lamenter quelques écueils de cette campagne ou être circonspect sur la terminologie porcine choisie, il n’en reste pas moins que les femmes victimes n’avaient pas besoin que d’autres  congénères se mettent à défendre un système patriarcal bien huilé où se faire draguer lourdement ne devrait être considéré que comme « le droit des hommes à importuner », sans plus…Certes, certaines ont peut-être tout mélangé et dans la déferlante des réseaux sociaux ont mis dans le même paquet le viol le plus sordide à l’attouchement maladroit et tristement banal qui ne traumatise pas à vie certaines demoiselles. Il n’en demeure pas moins que ces femmes-là ont le droit de vivre l’événement comme également choquant et traumatisant et que ça semble vraiment déplacé de la part de ces 100 femmes de leur retirer déjà la parole et de minimiser encore leurs dires – ou de banaliser ce qui ne l’est pas car pourquoi les femmes ne se frottent-elles pas contre les hommes dans le métro, elles ? N’y a t-il pas là du déterminisme social et le rôle de l’éducation ?

En tout cas, ce qui est sûr, c’est que s’il y a bien quelque chose qui nous court sur le haricot depuis des lustres, c’est ce sexisme ordinaire qui ne fait pas vraiment avancer la société ! Donc les 100 meufs là, tournez sept fois votre langue dans votre bouche avant de parler s’il-vous-plait, les femmes et les hommes – non porcs – s’en porteront bien mieux !

courir-haricot-2

par theintrepidguide

Bonus :

  • meufs = verlan de « femmes »
  • Tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler = réfléchir avant de parler.

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Noël au balcon, Pâques au tison

Noël au balcon.jpg L’expression signifie simplement que si le temps est trop doux à Noël, il y a de fortes chances pour que l’on ait froid à Pâques et qu’on le passe près d’un feu de cheminée…

Le tison désigne le morceau de bois ou de bûche dans un feu de cheminée qui n’a pas encore été brûlé.TISONS De nombreux proverbes et dictons liés à Noël prédisent la météo et parfois les conséquences sur l’agriculture ou les récoltes – ce qui régissait la vie paysanne d’autrefois en somme : « Verte fête de Noël, blanche fête de Pâques » (Haut-Rhin), « Noël herbeux, Pâques teigneux » (Franche-Comté), « Quand Noël par la lune est éclairé, beaucoup de paille et peu de blé », « À Noël froid dur, annonce les épis les plus sûrs ». Et puis il y a cette inquiétante mise en garde :  « Quand on voit un hiver avant Noël, on est sûr d’en avoir deux ». Inquiétante car cela fait déjà deux mois que j´ai froid moi et je n’ai jamais commandé un double-hiver…!

Pour se consoler, rien de tel que la logique bretonne avec ce dicton époustouflant : « À force de chanter Noël, arrive la Nativité »…(simplifié parfois par un « À force de chanter Noël, il arrive! »). Et quand on ne l’a même pas chanté mais qu’il faut bien admettre qu’il est là malgré tout – avec son avalanche de messages et de cartes animées pour l’occasion, on peut aussi lire Gelück et y trouver un savoureux jeu de mots du Chat :

Noël-le-chat.jpg

(« j’ai les boules » = dans le registre familier, se dit quand on se sent mal ou qu’on est dégoûté par rapport à quelque chose…ici, le « stress » engendré par tous les préparatifs de Noël, les cadeaux, la consommation, les repas interminables…).

Enfin…Quelque soit les cieux et nuages au-dessus de vos têtes et vos croyances profondes, Joyeux Noël et Bonne Année à tous, avec pour résolution toujours plus d’expressions et de proverbes dans notre hotte francophile !

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Sonnez les cloches !

Les cloches de Pâques réveillent mon juke-box interne diffusant chansons ou expressions idiomatiques…« Quelle cloche celle-là ! », « Ce n’est pas le son de cloche que j’ai eu de cette histoire ! », « Il y a quelque chose qui cloche là-dedans… » ou « Je vais lui sonner les cloches tu vas voir ! » sont autant d’expressions où l’on trouve le mot « cloche » sans pour autant que pleuvent dans notre jardin des oeufs de Pâques en chocolat que les petits chercheront avidement…Dommage !

Voyons cependant d’où nous viennent ces expressions et dans quel contexte vous pourrez les utiliser.

  • quelle-cloche-théâtre Quelle cloche ! = Bon, premièrement, sachez que ce n’est pas un compliment d’être une cloche. Quelqu’un qui est cloche est stupide, vraiment pas futé(e), on dit aussi parfois « Quelle greluche ! » (la greluche désignant une femme aux moeurs légères dans les années 1930), ou bien « Quelle cruche ! » (la cruche étant ce récipient contenant de l’eau ou autre liquide et sonnant creux). Pas grand-chose dans la cervelle, en somme !

  • Il y a quelque chose qui cloche = Il y a quelque chose qui ne va pas, qui ne fonctionne pas ou n’est pas normal. Soit dans un mécanisme quelconque soit dans un raisonnement. « Ça ne tient pas debout ton histoire, il y a plusieurs détails qui clochent…! »

  • Sonner les cloches à quelqu’un = gronder, réprimander quelqu’un fortement. « Ne rentre pas à 4 heures du matin sans prévenir, tu vas te faire sonner les cloches ! ». Au XVIIème siècle on trouvait déjà l’expression « faire sonner la plus grosse cloche » pour dire « Faire parler celui qui a le plus d’autorité ».

    se faire sonner les cloches-Christian

    dessin de Christian

 

  • Avoir le même son de cloche ou un son de cloche différent = avoir la même version / interprétation d’une histoire ou avoir une version (ou opinion) différentes sur un même sujet. Pour pouvoir juger d’une situation, il ne faut pas s’en tenir à un seul son de cloche (une seule version) mais bien confronter les avis différents et explications parfois contradictoires. « Victor dit qu’il n’a pas réussi son exam à cause de la complexité du sujet mais je n’ai pas le même son de cloche de ses professeurs : selon eux, c’est qu’il n’a rien étudié depuis longtemps ! ».

  • Être de la cloche = être clochard, personne sans le sou vivant dans la rue. Maintenant on utilise plutôt l’acronyme SDF = Sans Domicile Fixe.

  • Sauter à cloche-pied : quand vous avancez et sautez sur un seul pied. Bon, il faut être un peu cloche pour marcher comme ça…;-) cloche-pied-604018-264-432

De cloche on peut en arriver au clocher (qui les abrite, en haut de l’église) et ajouter l’expression « Ceci est une querelle de clocher » = un problème, des conflits purement locaux, sans grand impact ni importance. Qui ne dépasse pas la petite sphère étriquée d’un village…

querelle-de-clocher_balthazar-2013

dessin de Balthazar-2013

Et, pour les Catalans, faites attention, ne traduisez pas votre « Fer campana » par « Faire la cloche » – non, comme vous l’avez lu, ce serait autre chose (« faire l’idiot/e ») – mais par « Faire l’école buissonnière », c’est-à-dire manquer l’école !

Ce qui, en ce jour de rentrée post-pascal, est évidemment totalement interdit…:-)

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Couleur d´automne : marron et châtaigne

À mon père, 

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Bon, mon arc en ciel est suspendu dans le ciel depuis longtemps…J´en suis désolée.

C´est qu´il avait perdu d´un coup toutes ses couleurs. Pas courant non plus que je dédicace un des articles de ce blog à quelqu´un. Mais aujourd´hui, oui, je le dédie à mon père, qui en était un des premiers et plus fidèles lecteurs. À ma mère aussi, qui devait lire au-dessus de son épaule. Lors d’une des dernières conversations téléphoniques avec mon père, il me parlait de l´article sur « les bleus à l´âme », me disait « Tu vas en mettre bientôt un autre ? ah oui, parce que tu sais, moi, toutes ces expressions , ça m´intéresse beaucoup ! » et je lui répondais « bah c´est chouette, parce que tu vois, c´est fait pour les étudiants à la base et je crois qu´ils s´en fichent un peu, enfin les miens en tout cas… ». Et voilà, la vie me les a enlevés les deux d´un coup sans prévenir, et ma motivation a fléchi sec. J´ai broyé du noir et un peu de toutes les couleurs…J´ai perdu ce lecteur qui fut aussi celui qui m´inspira ce goût pour les mots et les expressions dès petite. Donc plus très envie d´alimenter ce blog-pour-des-étudiant(e)s-qui-ne-le-lisent-pas. Jusqu´au message d´un de mes anciens étudiants à Sabadell, Ivan, actuellement prof d´anglais et de français dans un collège, qui me demande s´il peut utiliser le blog avec ses élèves. Et comment ! Ouf, un rescapé qui me redonne un peu de baume au coeur et assure malgré lui la survie de FrancofiLs…Merci Ivan.

Mais j´arrête là mes bien sombres confidences et reprends ma peinture (jusqu´à Noël, je devrais tenir et je pourrai ensuite me consacrer à d´autres expressions).

Automne = châtaignes au feu de bois…donc intéressons nous à la couleur marron cette fois, de mise pour cette saison. J´en profite pour rappeler la règle de NON accord des adjectifs de couleur dont l´origine est un fruit (des sacs orange, des chaussures marron…).

  • Chauds les marrons ! L´expression renvoie directement au cri du vendeur ou de la vendeuse derrière sa poêle de marrons grillés « Chauds, chauds les marrons ! » mais, par extension, elle fait référence à une affaire délicate, un sujet aussi brûlant que ces marrons tout justes tirés du feu… « La polémique autour de l´interdiction  du voile à l´école, c´est chaud les marrons ! ». A noter que l´on raccourcit souvent l´expression en disant « c´est chaud ! », voire quand une situation se complique ou empire « ça chauffe » (mais là, ça peut vouloir dire…vers la bagarre !).Train Marrons
  • Tirer les marrons du feu : se dit lorsque quelqu´un tire bénéfice d´une situation alors que c´est un autre qui a pris des risques pour lui. tirer-marrons-du-feu
    L´expression entière était « tirer les marrons du feu avec la patte du chat », bien illustrée dans la fable de La Fontaine « Le singe et le chat » où le félin attrape les marrons du feu un à un pendant que le coquin de singe les mange dans son dos au fur et à mesure…
  • se prendre une châtaigne / recevoir un marron : À la fin du Tour de Gaule d´Astérix, arrivés à Toulouse, il y a une scène fameuse où Astérix donne une châtaigne à un Romain. Se prendre une châtaigne ou recevoir un marron, c´est recevoir un coup, en général en pleine figure. On dit aussi d´ailleurs, « se castagner » pour « se battre », « il y a de la castagne par ici », des bagarres. « Se prendre une châtaigne », dans le jargon des électriciens, peut aussi vouloir dire « se prendre une décharge électrique ». La châtaigne étant une spécialité du Sud-ouest (où l´on célèbre aussi dans de nombreux villages « la fête des châtaignes »), il n´est pas étonnant que ce soit à Toulouse qu´Astérix donne le coup final !

    Dans "Le tour de Gaule d´Astérix", Hergé

    Dans « Le tour de Gaule d´Astérix », Hergé

  • un avocat/financier…marron : se dit d´une personne corrompue et malhonnête. De fait, le qualifiant « marron »  s´applique à  toute personne effectuant des activités lucratives illicites, des trafics indignes de sa profession. Du coup…Les hommes politiques…tous marron ?
  • Être_marron_par_Pronto

    Être_marron_par_Pronto

    Être marron veut dire s´être fait duper ou abuser par un malhonnête. « Je ne veux pas me retrouver le marron de l´histoire ! » Et à l´inverse, on trouve « faire marron quelqu´un » = le tromper, le duper, le rouler dans la farine (expliquer une expression idiomatique par une autre expression idiomatique, voici mon nouveau crédo !)

  • Dans le langage journalistique, un « marronnier » est un sujet un peu trivial qui revient régulièrement, à des dates précises et souvent en période creuse (par exemple la rentrée en septembre, les fêtes de Noël en décembre, les allergies au pollen en mai etc…). En ce moment un marronier pourrait être par exemple les illuminations et décorations de Noël dans le paysage urbain…
  • Quant à la châtaigne, on peut trouver l´expression « être pété comme une châtaigne » pour dire « être ivre mort » mais elle n´est pas si courante. On lui préfère « être pété comme un coing » (autre fruit d´automne) ou  « être pété » tout court, qui suffit largement à décrire un état éthylique ayant dépassé toutes les limites. chataigne (1)

Voilà à peu près le tour d´horizon sur cette digne couleur d´automne. Je vous quitte en compagnie de la Fable de La Fontaine, « Le singe et le chat »…

« Le Singe et le Chat » – fable XVII – Livre IX – 1671- La Fontaine

dessin-par-Calvet-Regniat

dessin-par-Calvet-Regniat

Bertrand avec Raton, l’un singe et l’autre chat,
Commensaux d’un logis, avaient un commun maître.
D’animaux malfaisants c’était un très bon plat :
Ils n’y craignaient tous deux aucun, quel qu’il pût être.
Trouvait-on quelque chose au logis de gâté,
L’on ne s’en prenait point aux gens du voisinage :
Bertrand dérobait tout : Raton, de son côté,
Etait moins attentif aux souris qu’au fromage.
Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons
Regardaient rôtir des marrons.
Les escroquer était une très bonne affaire ;
Nos galands  y voyaient double profit à faire :
Leur bien premièrement, et puis le mal d’autrui.
Bertrand dit à Raton : « Frère, il faut aujourd’hui
Que tu fasses un coup de maître,
Tire-moi ces marrons. Si Dieu m’avait fait naître
Propre à tirer marrons du feu,
Certes marrons verraient beau jeu. »

Aussitôt fait que dit: Raton, avec sa patte,
D’une manière délicate,
Ecarte un peu la cendre, et retire les doigts ;
Puis les reporte à plusieurs fois ;
Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque :
Et cependant Bertrand les croque.
Une servante vient : adieu mes gens. Raton
N’était pas content, ce dit-on.
Aussi ne le sont pas la plupart de ces princes
Qui, flattés d’un pareil emploi,
Vont s’échauder en des provinces
Pour le profit de quelque roi

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Mettons-nous au vert !

se-mettre-au-vertLe printemps est là, les arbres bourgeonnent, les fleurs s´ouvrent, les oiseaux piaillent parmi les branches…Le décor idéal pour se mettre au vert et parler ici de cette couleur synonyme d´espoir.

En français, « se mettre au vert » ne signifie pas se transformer en martien mais aller à la campagne, partir de la ville pour aller voir de plus près la nature, traverser les prés, observer les vaches etc. Evidemment c´est une occupation de citadins – Parisiens, Lyonnais…, en général au retour des beaux jours.

dessin de Zelda Zonk

dessin de Zelda Zonk

Quant aux ruraux ou néo-ruraux, nul besoin de se mettre au vert puisqu´ils y sont déjà, mais en général ils ont plutôt la main verte ou s´y exercent. Entendre : être doué pour le jardinage, le soin des plantes ou des fleurs ou pour faire un potager. Ma mère par exemple… 😉

Vert = espoir, vert = nature. Le parti politique écolo dans plusieurs pays a choisi évidemment de s´appeler « Les verts », jusqu´ici pas de surprise.

Donner son feu vert à quelqu´un =  l´autoriser à faire quelque chose, le laisser faire. « Max, tes parents te laissent sortir vendredi soir ? – Oui, pas de problème, j´ai eu le feu vert ! »

vert-de-rage-petite-boule-de-nerfs-11071333-dsc03406-f1e5e-c70f4_bigÊtre vert ou verte, par contre, c´est différent. Et ce n´est toujours pas être un Martien ou autre extra-terrestre. « Il a eu un 18/20 à l´examen alors qu´il n´avait rien révisé, je suis verte ! ». Vous comprendrez = être extrêmement surpris/e, déconcerté/e voire dégoûté/e. Oui, en fait, dans l´expression « être vert/e » il y a le sous-entendu d´être écoeuré/e, ressentir une forme de désespoir et de résignation – en général par le résultat ou la situation obtenu/e par quelqu´un d´autre et de laquelle on ne retire aucun bénéfice. Il y a une forme de jalousie donc et d´ailleurs on trouve l´expression « Être vert de jalousie ».

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lulu-vert-de-jalousie-isabelle-perhourticq

On s´achemine alors doucement vers l´expression « être vert de rage » et là, c´est quand on est très très en colère. Personnellement je n´ai jamais eu ni le loisir ni l´envie d´observer quelqu´un qui se met dans une colère noire mais je me demande vraiment s´il passe par la couleur verte. Je pense qu´il devient plus rapidement rouge….de colère ! Mais il y a une origine médicale très précise que L´internaute nous livre ici : « Expression familière qui fait référence aux origines de la médecine et au fait que la colère était associée à la vésicule biliaire. Du latin cholera, colère signifiait excès de bile. La bile étant de couleur verdâtre, cela donna naissance à l’expression être vert de colère puis être vert de rage. »vert de rage

Eh bien on en entend et voit des vertes et des pas mûres sur ce blog ! = des choses incongrues, bizarres, scandaleuses, ou bien même licencieuses. Ce « vert » là – remontant au XVème siècle -désignait déjà des propos osés, tandis que le « mûr » se référait à l´âge adulte. Maintenant si l´on dit « il lui en fait voir des vertes et des pas mûres », ça voudrait plutôt dire « il lui fait subir une situation délicate, passer par des choses difficiles ou vraiment étranges et compliquées ».

Voilà je crois que ça suffit pour aujourd´hui. On a commencé par la douce nature printanière pour arriver aux scandales, ah là là…

les-petits-hommes-verts-album-n-2-en-vert-et-contre-tous-de-mallet-pat

les-petits-hommes-verts-album-n-2-en-vert-et-contre-tous-de-mallet-pat

Ah mais si ! Une dernière chose…Les petits hommes verts, cette fois, oui, il s´agit bien des E.T !!! 😀

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Bleus à l´âme

Note : cet article avait été rédigé avant les événements de Charlie Hebdo. Autant dire que depuis, j´ai un certain blues… Retour de vacances, début d´année (meilleurs voeux à tous !), je reprends du poil de la bête (=de l´énergie) et ma palette de couleurs pour ajouter à ce blog quelques touches de ce qui fut (ce qui est encore ?) ma couleur préférée enfant : le bleu.

affiche du Grand Bleu

affiche du Grand Bleu

Commençons par le plus simple : le grand bleu c´est – un film oui… – mais surtout le sujet de ce film, soit l´océan. Cette infinie étendue de mer bleue reflet de ciels cléments où se perd l´horizon inspire en général la paix et la sérénité mais pourtant le bleu désigne aussi plusieurs formes de mélancolies ou de blessures : « se faire un bleu » d´abord qui est l´expression courante quand on s´est fait un hématome – un « bobo » (bleu dans le meilleur des cas parce que cela vire rapidement au violet, au jaune…moins esthétiques). Et puis, par extension, il y a les bleus à l´âme (= bobos de l´âme) ou, en anglais, le blues :

Bleus à l´âme- Sagan

Bleus à l´âme- Sagan

« il a le blues » (= il broie du noir), « cette maman qui vient d´accoucher souffre du baby blues », « Nothing but the blues », dans le dernier opus du grand Léonard Cohen, ah pardon je m´égare, je n´ai pas pu m´empêcher de le citer !!! Par contre, être fleur bleue, ne veut pas dire être mélancolique mais avoir une tendance au romantisme naïf, un peu rêveur et candide. Se raconter des contes bleus en somme où l´histoire merveilleuse se termine toujours bien ! Dans la lignée des pauvres naïfs dont on se moque ou abuse, on a aussi « se faire avoir comme un bleu » = comme un débutant. D´ailleurs « les

avoir une peur bleue-sur-colorieimmagini.blogspot.com.es

avoir une peur bleue-sur-colorieimmagini.blogspot.com.es

bleus » désignent les débutants, les 6ème du collège par exemple – bon d´accord quand on parle des Bleus de l´équipe de foot, on ne veut pas dire exactement la même chose et on ne les taxe pas de débutants mais c´est une autre histoire ! Les bleus – débutants – peuvent aussi  avoir une peur bleue (=une très très grande peur) si on leur fait une mauvaise blague – jouer leur premier match de foot contre les vrais Bleus par exemple…

Mais le bleu est aussi une couleur de haute volée : avoir du sang bleu signifie être d´origine noble. Apparemment cette expression viendrait d´ailleurs d´Espagne où les Rois, passant leur vie sur le trône à ne rien faire, avait une circulation sanguine tellement mauvaise qu´on voyait leurs veines apparaître et leur donner ce « bleuté » de la peau. « Mademoiselle Duchaussois Delcambre de Champvert, avec un nom pareil, doit bien avoir du sang bleu ! ».

bas-bleus

bas-bleus

Puis il y a l´expression être un bas-bleu, que j´avais découvert adolescente dans les mémoires de Simone de Beauvoir sans comprendre à quoi elle se référait. En fait il s´agit d´une expression assez péjorative désignant une femme intellectuelle, une écrivaine plutôt pédante. Simone de Beauvoir, très auto-critique à ses heures, se référait à elle même jeune adulte comme un bas-bleu. Par opposition à ces hautes sphères intellectuelles ou nobles il y a les cols bleus qui désignent les ouvriers, les distinguant alors des cols blancs, qui sont les employés de bureau. Dans certains cas, on revêt d´ailleurs un bleu de travail pour faire des travaux manuels et salissants. Dans le domaine professionnel également, on connaît les casques bleus, qui désignent les soldats de l´OTAN chargés de maintenir l´ordre et la paix. Ce furent d´ailleurs mes premiers étudiants à Budapest en l´an 2000, des officiers  venus de différents pays de l´est ou d´ex URSS qui apprenaient le français pour participer à des programmes de partenariat pour la paix. Un public assez singulier et intéressant, hommes et femmes qui venaient en classe en uniforme (mais sans leur casque bleu !), extrêmement polis et dont je garde de bons souvenirs, même si la terminologie militaire (dont j´ignorais tout) me faisait horreur. Il faut vraiment être flexible dans ce métier, l´air de rien… casque-bleu Quoi d´autre ? Ah, la cuisine ! Être un vrai cordon-bleu c´est être un excellent cuisinier !  C´est aussi une viande panée qui se mange avec une tranche de jambon et de fromage à l´intérieur. La viande bleue ou le steak bleu, c´est une viande très peu cuite (crue à l´intérieur). À choisir, j´avoue que je préférerais avoir un cordon bleu à la maison plutôt qu´un casque bleu ou un bas-bleu ou encore une fleur bleue ou quelqu´un qui a constamment le blues

Audrey-Bourdin-cordon-bleu

Audrey-Bourdin-cordon-bleu

Mais en fait je n´ai rien de tout ça, donc ça résout le problème. Pour terminer en chanson et en continuant ma petite collection de tubes kitsch mais incontournables de notre répertoire français – en lien avec les couleurs ! – voici « les mots bleus » de Christophe (cliquez sur le titre) 😉 Et, avant tout, bonne année, pleine de joie et de couleurs et sans (trop de) blues – à part celui de Léonard Cohen !

Une pensée forte à tous les Charlies, ceux que l´on a perdus et ceux que nous sommes, dans la liberté de dire, de penser, de dessiner, d’écrire…de s´exprimer.

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