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Vivre d’amour et d’eau fraîche

Ce n´est pas le printemps, les petits oiseaux et tout le tralalala qui me font aborder les expressions idiomatiques liées à l´amour aujourd’hui. (D´ailleurs il pleut à verse et ça ressemble plutôt à l´automne par ici…). Non, c´est plus stoïquement le programme de 5ème année et la dernière ligne droite de cours qui s´achève sur le thème des relations, des sentiments, de l´amour et du désamour…Alors, n´ayons pas peur, parlons-en et allons voir quelles expressions imagées colorent ce territoire mystérieux et fascinant.

On va commencer par les catastrophes (stratégie pour aller du pessimisme vers l’optimisme…) :

  • Se prendre un râteau : se dit quand quelqu´un est rejeté par la personne qu´il désirait séduire / conquérir. « Alex voulait sortir avec Agathe mais il s´est pris un râteau, elle n’avait pas du tout les mêmes intentions que lui ! ». Ça doit faire mal de se prendre un râteau, métaphoriquement comme littéralement, mais Alex peut se consoler en faisant un brin de jardinage…et il se remettra peut-être à papillonner joyeusement, à butiner de fleur en fleur (= aller d’une histoire à une autre, avec légèreté).

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  • Poser un lapin : Alors là imaginons que ledit Alex ne s´est pas pris de râteau (enfin pas encore…), est sur une bonne piste avec la fille qui lui plaît et après un échange de messages enflammés, ils décident de se donner rendez-vous. Or, la belle, inconstante et indécise, lui pose un lapin. Elle ne vient pas au rendez-vous en d’autres termes. Un peu difficile à justifier à notre époque avec toute la technologie et les systèmes de messagerie dont on dispose mais ça reste possible…avec les indécis.

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  • Se faire larguer : une autre forme passive qui intrigue les étudiants (« se faire+infinitif »), cette expression va donc leur plaire (l´acte en lui-même un peu moins par contre…). « Antoine s´est fait larguer par sa copine ce week-end, elle ne le supportait plus ! ». Évidemment, on peut abandonner la forme passive pour être acteur de cette décision de rupture : « Jeanne a largué Antoine ce week-end, elle en avait trop marre ! ». Mais la personne quittée a parfois cette sensation de dénigrement obscur qui relègue son estime de soi à 3000 lieues sous terre… ; cela me rappelle une amie, pourtant vraiment charmante et adorable, qui un jour me racontait ses malheurs avec un garçon dont elle était tombée amoureuse et avec qui elle avait eu une brève histoire, et qui avait terminé son récit par ces mots : « Enfin bref, total, il est parti et je me suis fait jeter comme une vieille chaussette« . Et moi, riant de l´expression au lieu d´empathiser (la super copine…! Bon, on avait 24-25 ans et on en avait vu d’autres…) et finissant par lui dire « Allez, viens là ma vieille chaussette, je vais essayer de te recoudre ! ».

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    Au passage, l´expression « Un(e) de perdu(e), dix de retrouvé(e)s ! » peut aider à raccommoder les « vieilles chaussettes »…! 😉 Même si je l’ai toujours trouvé un peu cynique ce dicton (car si on est vraiment amoureux/se, on ne peut pas imaginer que la seule personne qui compte vraiment à nos yeux puisse être remplacée par 10 autres potentiels amoureux) mais ça c’est une question de point de vue (et de degré de relation, sentiments…). J´avoue être plus du côté de Lamartine et de son « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé »…

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    image-Sarah-Stymans

  • Casser : « Pierre et Marie ont cassé« . Mot familier équivalent à « rompre », « se quitter », « se séparer ».  Sauf que dans ces derniers verbes il y a là encore une volonté assumée « Ils ont rompu, ils se sont séparés, se sont quittés… », alors que la curiosité avec le verbe « casser », c´est qu´on a envie de demander « Mais ils ont cassé quoi ? » Et bien…leur relation, leur histoire. Enfin après, vous pouvez aussi « vous casser » (« Bon j’me casse, j´en peux plus » = « je pars » ; « Casse-toi de là ! » = « Va t´en ! ») ou encore tout casser chez vous – en général dans la cuisine – si vous faites…

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  • une scène de ménage ! la bonne scène de ménage à l´italienne où les assiettes volent et les verres se brisent contre les murs (on ne voit ça que dans les films j´espère !). « Mon Dieu, Antoinette a encore fait une scène à Gérard parce qu´il est rentré à 3 heures du matin sans explication ». Remarquez cette contradiction : on dit facilement « le vase s´est cassé » (comme s´il s´était cassé tout seul comme un grand) tandis que deux personnes « cassent ». On ne précise pas que dans cette rupture, ils se cassent peut-être un peu eux-mêmes alors que l´on admet facilement qu´après autant de mésaventures….
  • on a le coeur brisé : « Apolline a le coeur brisé, son amant l´a quittée pour une autre, plus jeune, plus jolie… », « il lui a brisé le coeur en lui disant qu´il ne l´aimait plus ».

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C´est triste mes histoires, ça se voit qu´il pleut, revenons au début alors ou aux événements joyeux de l´amour :

  • Avoir un coup de foudre : littéralement « être touché par la foudre », se dit lorsque l´on tombe amoureux/se au premier regard, à la première rencontre. « Dès que Max a aperçu Julie dans l’avion, il s´est senti chavirer, il a eu un véritable coup de foudre » ou, plus poétiquement, citons  Racine :
    « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
    Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
    Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
    Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
    Je reconnus Vénus et ses feux redoutables (…) »

    (Avouez que Phèdre, ça a plus de « gueule » que mon histoire d´avion…)

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  • Toujours dans le domaine « électrique », on peut – de façon un peu moins radicale et puissante, « flasher » sur quelqu´un. Cela traduit aussi l´immédiateté de l´émotion « Ils se sont rencontrés dans une soirée, il a tout de suite flashé sur elle » mais dans ce cas c’est plutôt le fait que la personne vous plaît de façon instantanée, que vous avez comme une illumination mais c´est peut-être plus de l’ordre du désir alors que le coup de foudre implique de tomber amoureux presque irrémédiablement. En gros, on peut flasher puis « déflasher » un peu plus tard alors qu´avec la foudre on a un peu plus de mal à se relever quand-même….
  • J´en profite pour préciser qu´en France on « tombe amoureux » tandis qu´au Québec on « tombe en amour », ça nous touche beaucoup cette expression (alors qu´elle est l’équivalente de l’anglais finalement). Enfin dans tous les cas « on tombe », ça suppose donc que ça fait un peu mal…De la même façon, on dit : « elle est tombée enceinte de son premier enfant à 23 ans » par exemple, comme s´il s´agissait d´un pur hasard, ce qui est un peu comique quand-même de nos jours…
  • Taper dans l´oeil de quelqu’ un : Ça aussi ça a l´air de faire mal dit comme ça mais quand vous avez tapé dans l’oeil de quelqu´un, c´est que vous lui plaisez beaucoup, qu´il/elle a flashé sur vous et a du mal à penser à autre chose.
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Toutes les expressions qui suivent ont le même sens :

  • Avoir le béguin pour quelqu´un, avoir un faible, en pincer pour quelqu´un : elles traduisent  toutes une attirance envers quelqu´un, cela peut être passager (le printemps…), cela peut être le début d’une histoire tout simplement…et cela peut ne pas être réciproque aussi malheureusement. « Paul n’arrête pas de tourner autour d’Aya, il a un faible pour elle, c´est évident ! »  ; « T´en pinces pour ce mec, hein ?  » – « Oui mais il est déjà pris ! »

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  • Ah, l´expression « il est pris », « elle est prise », il faut peut-être aussi en dire un mot : quand quelqu´un est déjà engagé dans une relation et donc, supposément, « non disponible ». On peut dire aussi « Elle est casée », « il est maqué » dans le langage familier. « Maqué(e) » est horrible d´ailleurs quand on se penche sur l´origine de ce mot argotique puisque cela vient de la relation « souteneur/prostituée ». Quant à « casé(e) » ou « se caser avec quelqu’un », ce n’est pas très exaltant non plus car j´imagine que cela signifie « se mettre dans une case » ou cocher la case « se mettre en couple » en somme. Bof…

Allons dans les extrêmes, le romantisme pour se donner du baume au coeur :

  • Être fou amoureux, folle amoureuse de quelqu´un : « L´amour rend aveugle » dit le proverbe et peut mener aussi à une forme de folie. Quand vous êtes fou amoureux, c’est que vous l’êtes passionnément, folie ou non. On n´est pas tièdes dans l´amour…
  • Vivre d’amour et d´eau fraîche : se dit quand le monde matériel n´a plus aucune importance pour vous du moment que l’amour remplit votre vie. Vous vivez de peu donc (pas de quoi célébrer votre euphorie au champagne, l’eau fraîche de la rivière suffit !).

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  • Filer le parfait amour : voilà, rien à redire, on est sur la note optimiste finale quand tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles 🙂 Vous avez trouvé votre âme soeur, votre moitié d’orange et vous vivez heureux.

Bon pour aujourd´hui, même s´il y a encore beaucoup d´expressions, je crois que ça sera tout ! La pluie n´a pas cessé, il y a largement de quoi vivre d´amour et de pluie fraîche en ce printemps peu clément mais au moins nous aurons les mots pour le dire…Et je termine par une image avec quelques expressions francophones sur le sujet que je trouve très jolies comme « avoir un kick » au Québec (=avoir le béguin pour qqn) …Car l´amour se décline sous tous les horizons et toutes les formes et c´est tant mieux !

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Couleur d´automne : marron et châtaigne

À mon père, 

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Bon, mon arc en ciel est suspendu dans le ciel depuis longtemps…J´en suis désolée.

C´est qu´il avait perdu d´un coup toutes ses couleurs. Pas courant non plus que je dédicace un des articles de ce blog à quelqu´un. Mais aujourd´hui, oui, je le dédie à mon père, qui en était un des premiers et plus fidèles lecteurs. À ma mère aussi, qui devait lire au-dessus de son épaule. Lors d’une des dernières conversations téléphoniques avec mon père, il me parlait de l´article sur « les bleus à l´âme », me disait « Tu vas en mettre bientôt un autre ? ah oui, parce que tu sais, moi, toutes ces expressions , ça m´intéresse beaucoup ! » et je lui répondais « bah c´est chouette, parce que tu vois, c´est fait pour les étudiants à la base et je crois qu´ils s´en fichent un peu, enfin les miens en tout cas… ». Et voilà, la vie me les a enlevés les deux d´un coup sans prévenir, et ma motivation a fléchi sec. J´ai broyé du noir et un peu de toutes les couleurs…J´ai perdu ce lecteur qui fut aussi celui qui m´inspira ce goût pour les mots et les expressions dès petite. Donc plus très envie d´alimenter ce blog-pour-des-étudiant(e)s-qui-ne-le-lisent-pas. Jusqu´au message d´un de mes anciens étudiants à Sabadell, Ivan, actuellement prof d´anglais et de français dans un collège, qui me demande s´il peut utiliser le blog avec ses élèves. Et comment ! Ouf, un rescapé qui me redonne un peu de baume au coeur et assure malgré lui la survie de FrancofiLs…Merci Ivan.

Mais j´arrête là mes bien sombres confidences et reprends ma peinture (jusqu´à Noël, je devrais tenir et je pourrai ensuite me consacrer à d´autres expressions).

Automne = châtaignes au feu de bois…donc intéressons nous à la couleur marron cette fois, de mise pour cette saison. J´en profite pour rappeler la règle de NON accord des adjectifs de couleur dont l´origine est un fruit (des sacs orange, des chaussures marron…).

  • Chauds les marrons ! L´expression renvoie directement au cri du vendeur ou de la vendeuse derrière sa poêle de marrons grillés « Chauds, chauds les marrons ! » mais, par extension, elle fait référence à une affaire délicate, un sujet aussi brûlant que ces marrons tout justes tirés du feu… « La polémique autour de l´interdiction  du voile à l´école, c´est chaud les marrons ! ». A noter que l´on raccourcit souvent l´expression en disant « c´est chaud ! », voire quand une situation se complique ou empire « ça chauffe » (mais là, ça peut vouloir dire…vers la bagarre !).Train Marrons
  • Tirer les marrons du feu : se dit lorsque quelqu´un tire bénéfice d´une situation alors que c´est un autre qui a pris des risques pour lui. tirer-marrons-du-feu
    L´expression entière était « tirer les marrons du feu avec la patte du chat », bien illustrée dans la fable de La Fontaine « Le singe et le chat » où le félin attrape les marrons du feu un à un pendant que le coquin de singe les mange dans son dos au fur et à mesure…
  • se prendre une châtaigne / recevoir un marron : À la fin du Tour de Gaule d´Astérix, arrivés à Toulouse, il y a une scène fameuse où Astérix donne une châtaigne à un Romain. Se prendre une châtaigne ou recevoir un marron, c´est recevoir un coup, en général en pleine figure. On dit aussi d´ailleurs, « se castagner » pour « se battre », « il y a de la castagne par ici », des bagarres. « Se prendre une châtaigne », dans le jargon des électriciens, peut aussi vouloir dire « se prendre une décharge électrique ». La châtaigne étant une spécialité du Sud-ouest (où l´on célèbre aussi dans de nombreux villages « la fête des châtaignes »), il n´est pas étonnant que ce soit à Toulouse qu´Astérix donne le coup final !

    Dans "Le tour de Gaule d´Astérix", Hergé

    Dans « Le tour de Gaule d´Astérix », Hergé

  • un avocat/financier…marron : se dit d´une personne corrompue et malhonnête. De fait, le qualifiant « marron »  s´applique à  toute personne effectuant des activités lucratives illicites, des trafics indignes de sa profession. Du coup…Les hommes politiques…tous marron ?
  • Être_marron_par_Pronto

    Être_marron_par_Pronto

    Être marron veut dire s´être fait duper ou abuser par un malhonnête. « Je ne veux pas me retrouver le marron de l´histoire ! » Et à l´inverse, on trouve « faire marron quelqu´un » = le tromper, le duper, le rouler dans la farine (expliquer une expression idiomatique par une autre expression idiomatique, voici mon nouveau crédo !)

  • Dans le langage journalistique, un « marronnier » est un sujet un peu trivial qui revient régulièrement, à des dates précises et souvent en période creuse (par exemple la rentrée en septembre, les fêtes de Noël en décembre, les allergies au pollen en mai etc…). En ce moment un marronier pourrait être par exemple les illuminations et décorations de Noël dans le paysage urbain…
  • Quant à la châtaigne, on peut trouver l´expression « être pété comme une châtaigne » pour dire « être ivre mort » mais elle n´est pas si courante. On lui préfère « être pété comme un coing » (autre fruit d´automne) ou  « être pété » tout court, qui suffit largement à décrire un état éthylique ayant dépassé toutes les limites. chataigne (1)

Voilà à peu près le tour d´horizon sur cette digne couleur d´automne. Je vous quitte en compagnie de la Fable de La Fontaine, « Le singe et le chat »…

« Le Singe et le Chat » – fable XVII – Livre IX – 1671- La Fontaine

dessin-par-Calvet-Regniat

dessin-par-Calvet-Regniat

Bertrand avec Raton, l’un singe et l’autre chat,
Commensaux d’un logis, avaient un commun maître.
D’animaux malfaisants c’était un très bon plat :
Ils n’y craignaient tous deux aucun, quel qu’il pût être.
Trouvait-on quelque chose au logis de gâté,
L’on ne s’en prenait point aux gens du voisinage :
Bertrand dérobait tout : Raton, de son côté,
Etait moins attentif aux souris qu’au fromage.
Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons
Regardaient rôtir des marrons.
Les escroquer était une très bonne affaire ;
Nos galands  y voyaient double profit à faire :
Leur bien premièrement, et puis le mal d’autrui.
Bertrand dit à Raton : « Frère, il faut aujourd’hui
Que tu fasses un coup de maître,
Tire-moi ces marrons. Si Dieu m’avait fait naître
Propre à tirer marrons du feu,
Certes marrons verraient beau jeu. »

Aussitôt fait que dit: Raton, avec sa patte,
D’une manière délicate,
Ecarte un peu la cendre, et retire les doigts ;
Puis les reporte à plusieurs fois ;
Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque :
Et cependant Bertrand les croque.
Une servante vient : adieu mes gens. Raton
N’était pas content, ce dit-on.
Aussi ne le sont pas la plupart de ces princes
Qui, flattés d’un pareil emploi,
Vont s’échauder en des provinces
Pour le profit de quelque roi

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Du Marseillais au « gonfleur »

À la faveur d´un week-end express à Paris pour le pont carnavalesque de mars, je remplis mes poches de quelques expressions « dans le vent ». En réalité, une seule, que je tiens de mon frère cadet car mes « enregistrements pirates » dans le train, le métro ou dans la rue ont été trop maigres pour découvrir mille nouveautés. Nous parlions je crois des expressions qui passent, celles qui sont à la mode un temps puis tombent aux oubliettes (= disparaissent). Vous constaterez avec quelle facilité j´entraîne mes interlocuteurs sur mon terrain de jeux de prédilection (les mots, les expressions) quand bien-même ils préféreraient parler foot (bon, mes frères ne sont pas des grands fan de foot non plus ; plutôt architecture ou construction, design et nouvelles technologies en fait). Qu´à cela ne tienne, ils savent bien qu´ils ont (au moins) deux accros à la langue de Molière dans la famille : la soeur et le père. Et ils ne s´offusquent donc pas de devoir parler à la table familiale, entre la poire et le fromage, des mots qui entrent et sortent dans le dictionnaire de l´Académie Française ou ceux qui volent de bouche à oreille un temps incertain.

article de Biba, magazine féminin

article de Biba, magazine féminin

Donc, pour revenir à la fameuse expression que mon frère m´a apprise, la voici : « T´es un gonfleur ! », « C´est un gonfleur ce mec ! ». Intéressant….et ça veut dire quoi ? « C´est quand quelqu´un exagère », m´explique mon frère. « Par exemple, il raconte sa soirée et en rajoute des tonnes pour faire croire que c´était génial, et l´autre – envieux ou moqueur – le coupe « Oh là ça va, t´es un gonfleur toi ! ». Quelqu´un qui gonfle l´information en fait ! C´est drôle parce que moi j´en étais restée à l´expression « Tu me gonfles ! » = Tu m´énerves. Ou encore « Il est gonflé celui-là ! » = Il a du culot, il ne manque pas d´air. Ok, expliquer une expression par une autre expression n´est peut-être pas le plus limpide…je vais prendre des exemples : quand on dit de quelqu´un qu´il est gonflé, c´est une façon elliptique de dire « gonflé de courage ou d´audace » mais cela sous-entend que cette personne, en se servant de cette témérité, manque aux convenances et qu´il se montre insolent. Quelqu´un qui vous double pendant que vous faites la queue au supermarché est « gonflé ». Cela équivaudrait au « tener morro » en espagnol.

Donc on passe là du statut de gonflé à gonfleur ! Et on semble écarter le recours habituel au « Marseillais », stéréotype de celui qui exagère en toutes circonstances, pour parler de cette tendance à amplifier toutes les informations afin de les rendre extraordinaires et d´impressionner son auditoire (le Marseillais en Espagne devient, si je ne me trompe pas, « l´Andalou » à qui on colle le même stéréotype d´exagérateur !). « Eh t´es Marseillais toi ! » devient « Eh t´es un gonfleur ! ». Les nouveaux scénaristes d´Astérix devront donc peut-être en tenir compte. Dans « Le tour de Gaule d´Astérix », truffé de références culturelles et de stéréotypes sur les régions, on retrouve en effet l´image du Marseillais qui en fait des tonnes et grossit les informations pour les dramatiser. Je soupçonne alors que ce glissement lexical du gonflé au gonfleur vient peut-être…d´un Marseillais fatigué de porter ce stéréotype ? Affaire à suivre…

(image provisoire en attendant de mettre celle du Marseillais comparant un vent fort à l´irruption du Vésuve) :

Tour de Gaule d´Astérix, Uderzo et Goscinny

Tour de Gaule d´Astérix, Uderzo et Goscinny

Expressions bonus :

– être accro à quelque chose : avoir une dépendance, une addiction à qqch.

entre la poire et le fromage : Entre deux sujets, « l´air de rien » et sans transition. vous pouvez cliquer sur le lien pour retrouver l´article s´y référent.

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