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Mais quel plouc celui-là !

Drôle d’idée que la mienne que d’inaugurer l’année avec les ploucs, certes ! Alors avant toute chose, belle et bonne année à tous les fidèles – et même les infidèles – lecteurs de FrancofiLs ! 🙂 Vous vous demandiez peut-être où j’étais passée après vous avoir laissé en plan* avec quelques gestes depuis le dernier post. En général on se dit que lorsqu’on ne reçoit plus de signe de quelqu’un c’est qu’il ne fait plus rien alors que la raison est peut-être justement qu’il en fait trop : tel est mon cas avec une formation de « gamification » dans l’enseignement de la LE qui ne me laisse guère d’autre loisir que de penser à jouer et aux jeux (évidemment dit comme ça, ça ne fait pas très sérieux…) – et les expressions s’accumulent en petit tas tels de jolis rondins de bois près de la cheminée du blog mais je n’ai plus le temps d’allumer un feu ! Et vous vous gelez les neurones, je sais je sais, désolée…:-(

plouc-1

Mais assez parlé, revenons-en à nos ploucs ! Pourquoi, me diriez-vous ? Parce qu’avant Noël, en préparant un cours pour des étudiants B2 avec lesquels on parlait « tendances », j’ai découvert l’origine du mot et j’ai beaucoup ri car je ne la connaissais pas ! Oui, car figurez-vous que le plouc est d’origine…bretonne !!!

plouc-charlie-hebdoMais qu´est-ce qu’un « plouc » d’abord – pour ceux qui ne le sauraient pas ? Il s’agit d’une personne rustre, aux habitudes paysannes – non raffinées donc – se remarquant par son manque de savoir-vivre et d’élégance. Et le plouc est breton car tel que vous le montrera cette superbe petite vidéo de Karambolage en bas de cet article, le mot a été inspiré par tous ces paysans bretons débarquant à Paris au début du XXème siècle et qui venaient à chaque fois d’un village breton commençant par « Plou » quelque-chose : Plougastel, Ploubazlanec, Plouguerneau, Ploumanac’h, Ploumagoar… »Plou » en breton veut dire « paroisse », donc rien d’étonnant à cette multiplication de toponymes en « plou » ou « plo » ou « pleu ». Bref, c’est ainsi que nos modestes paysans bretons (mes arrières grands-parents paternels, pardi !) sont devenus les ploucs des Parisiens cultivés…qui seraient, à présent, les « bobos » (= bourgeois bohèmes) ou autres hipsters branchés.

plouc2Les synonymes de ploucs sont très amusants à l’oreille = péquenaud, pedzouille, balourd, lourdaud…Mais tout cela est bien péjoratif. Car le plouc est out, pas fin, pataud à souhait ! Ce qui est cocasse du reste c’est que les éternels rivaux et voisins des Bretons – les Normands – ont repris à leur compte le terme « plouc » pour créer ces petites affichettes et auto-collants de « Plouc power ». Peu importe, « Ploucs et fiers de l´être », les Bretons ne se laisseront pas impressionner par l’arrogance de ces « Parisiens têtes de chiens – Parigots têtes de veaux » ! C´est « de bonne guerre »*

Je vous recommande cette vidéo explicative sur le mot « plouc » : Vidéo Karambolage plouc

Impression

Expressions bonus :

  • Laisser en plan quelqu’un = abandonner, négliger quelqu’un, alors qu’on devrait s’en occuper (initialement cela faisait référence aux plants – de plantations).
  • de bonne guerre = loyalement, par un procédé légitime de la part d’un adversaire.

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Du Marseillais au « gonfleur »

À la faveur d´un week-end express à Paris pour le pont carnavalesque de mars, je remplis mes poches de quelques expressions « dans le vent ». En réalité, une seule, que je tiens de mon frère cadet car mes « enregistrements pirates » dans le train, le métro ou dans la rue ont été trop maigres pour découvrir mille nouveautés. Nous parlions je crois des expressions qui passent, celles qui sont à la mode un temps puis tombent aux oubliettes (= disparaissent). Vous constaterez avec quelle facilité j´entraîne mes interlocuteurs sur mon terrain de jeux de prédilection (les mots, les expressions) quand bien-même ils préféreraient parler foot (bon, mes frères ne sont pas des grands fan de foot non plus ; plutôt architecture ou construction, design et nouvelles technologies en fait). Qu´à cela ne tienne, ils savent bien qu´ils ont (au moins) deux accros à la langue de Molière dans la famille : la soeur et le père. Et ils ne s´offusquent donc pas de devoir parler à la table familiale, entre la poire et le fromage, des mots qui entrent et sortent dans le dictionnaire de l´Académie Française ou ceux qui volent de bouche à oreille un temps incertain.

article de Biba, magazine féminin

article de Biba, magazine féminin

Donc, pour revenir à la fameuse expression que mon frère m´a apprise, la voici : « T´es un gonfleur ! », « C´est un gonfleur ce mec ! ». Intéressant….et ça veut dire quoi ? « C´est quand quelqu´un exagère », m´explique mon frère. « Par exemple, il raconte sa soirée et en rajoute des tonnes pour faire croire que c´était génial, et l´autre – envieux ou moqueur – le coupe « Oh là ça va, t´es un gonfleur toi ! ». Quelqu´un qui gonfle l´information en fait ! C´est drôle parce que moi j´en étais restée à l´expression « Tu me gonfles ! » = Tu m´énerves. Ou encore « Il est gonflé celui-là ! » = Il a du culot, il ne manque pas d´air. Ok, expliquer une expression par une autre expression n´est peut-être pas le plus limpide…je vais prendre des exemples : quand on dit de quelqu´un qu´il est gonflé, c´est une façon elliptique de dire « gonflé de courage ou d´audace » mais cela sous-entend que cette personne, en se servant de cette témérité, manque aux convenances et qu´il se montre insolent. Quelqu´un qui vous double pendant que vous faites la queue au supermarché est « gonflé ». Cela équivaudrait au « tener morro » en espagnol.

Donc on passe là du statut de gonflé à gonfleur ! Et on semble écarter le recours habituel au « Marseillais », stéréotype de celui qui exagère en toutes circonstances, pour parler de cette tendance à amplifier toutes les informations afin de les rendre extraordinaires et d´impressionner son auditoire (le Marseillais en Espagne devient, si je ne me trompe pas, « l´Andalou » à qui on colle le même stéréotype d´exagérateur !). « Eh t´es Marseillais toi ! » devient « Eh t´es un gonfleur ! ». Les nouveaux scénaristes d´Astérix devront donc peut-être en tenir compte. Dans « Le tour de Gaule d´Astérix », truffé de références culturelles et de stéréotypes sur les régions, on retrouve en effet l´image du Marseillais qui en fait des tonnes et grossit les informations pour les dramatiser. Je soupçonne alors que ce glissement lexical du gonflé au gonfleur vient peut-être…d´un Marseillais fatigué de porter ce stéréotype ? Affaire à suivre…

(image provisoire en attendant de mettre celle du Marseillais comparant un vent fort à l´irruption du Vésuve) :

Tour de Gaule d´Astérix, Uderzo et Goscinny

Tour de Gaule d´Astérix, Uderzo et Goscinny

Expressions bonus :

– être accro à quelque chose : avoir une dépendance, une addiction à qqch.

entre la poire et le fromage : Entre deux sujets, « l´air de rien » et sans transition. vous pouvez cliquer sur le lien pour retrouver l´article s´y référent.

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Le quart d´heure aveyronnais

quart-d-heure (2)Chaque pays, chaque culture a sa propre conception du temps, n´en déplaise au méridien de Greenwich et aux fuseaux horaires. En France aussi, il y a de subtils décalages horaires, connus des habitants et admis culturellement. Ainsi en va t- il du quart d´heure aveyronnais – qui, en réalité, s´étend sur tout le sud : on parle ainsi du quart d´heure toulousain ou marseillais. Mais de quoi s´agit-il au juste ? C´est très simple : si un événement – spectacle, concert ou simple repas – est annoncé à 20h à Millau (Aveyron) ou à Toulouse, ceux qui y assistent ne s´inquiéteront pas de le voir commencer – au mieux ! – quinze minutes plus tard, quelqu´un glissant toujours un »oui vous savez, c´est le quart d´heure aveyronnais… » avec un clin d´oeil de connivence. La ponctualité n´a jamais été de mise dans le sud mais à vrai dire je doute que ceux du nord soient plus précis avec l´horloge. Il est d´ailleurs totalement normal – voire souhaitable, si vous êtes invités à dîner chez des gens, d´observer quelques minutes de retard : cela permet à vos hôtes de terminer les préparatifs sans se sentir dépassés par la situation, le gigot à mettre au four et les verres à vin à placer sur la belle nappe.

Mais finalement si j´ai choisi de spécifier ce laps de quart d´heure dans le cadre de l´Aveyron – un grand département au sud plus peuplé de brebis que d´hommes – ce n´est pas seulement parce que c´est une terre qui m´est chère. C´est aussi parce que c´est là, lors de mon dernier séjour fin août, que j´y ai découvert une nouvelle expression, qui m´a intriguée et beaucoup plu. Nous prenions un café chez une amie et son neveu, agriculteur, est passé. Elle m´avait dit qu´il n´avait pas trop le moral* dernièrement. Elle était donc en train d´essayer de lui tirer les vers du nez (au sens figuré, rassurez-vous : elle essayait de le faire parler et de déceler la vérité) sur ce qui lui arrivait mais bien évidemment le neveu mal à l´aise tentait d´esquiver ses questions. Je n´étais pas très à l´aise moi non plus, tant il est vrai que si j´avais été a la place de cet ami, j´aurais moi-même pris la poudre d´escampette* (= je me serais enfuie/sauvée) car je n´aime pas non plus parler aussi directement de mes états d´âme.  « Tu n´aimes pas ce que tu fais à la ferme ? » lui demanda t- elle à un moment donné. Ce à quoi il répondit – et on en arrive à mon expression : « Ça dépend des quart d´heure« . À travers cette phrase, il mettait fin à la conversation et livrait une demie vérité. Une fois parti, je demandai à mon amie « C´est quoi cette expression de 1/4 d´heure ??? ». Elle rit et m´expliqua que c´était une expression qu´ils utilisaient par ici pour dire « ça dépend des fois, ça dépend des moments ». Cette variation d´humeur en tranches de 15 minutes m´a paru géniale : « Comment ça va en ce moment ? » – « Oh, ça dépend des quart d´heure ! ». En fait, on connait l´expression « Ça dépend des jours » mais passer de l´unité temporelle de la journée à un simple quart d´heure me semble vraiment ironique : les Occitans seraient-ils plus lunatiques que les gens du nord ? À en croire l´attitude des gens du sud décrite dans Le Tour de Gaule d´Astérix d´Uderzo et Goscinny, on peut en effet remarquer que si les gens n´y semblent pas très pressés en général, ils ont par contre tendance à réagir parfois…au quart de tour !

Expressions bonus :

– ne pas avoir le moral : déprimer un peu, ne pas aller très bien.

– prendre la poudre d´escampette : s´enfuir. Ce qui est intéressant ici, c´est que l´expression semble provenir justement de l´occitan « escamper » qui signifiait « se sauver ». Quant à la poudre, elle évoque la poussière que nos pieds soulèvent lorsque l´on s´enfuit, selon le site de L´internaute.

– réagir au quart de tour : s´emporter / se mettre en colère facilement (et rapidement). L´expression fait référence au quart de manivelle qui devait être donné pour démarrer une automobile.

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Indignez-vous !

Stéphane Hessel
Stéphane Hessel

Le slogan-titre de Stéphane Hessel est entré sur le territoire des « mots à charge culturelle partagée ».Un pays réputé pour ses grèves, ses manifestations et sa révolution ne pouvait que se réveiller à l´appel d´un ancien Résistant ayant participé à la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l´Homme de 1948, ou, du moins, se sentir concernés. Pourtant, les peuples et les citoyens s´essoufflent sous le couperet d´autres mots à « c.c.c » obsédants : crise, austérité, coupures…Les gens sont épuisés de lutter et de sacrifier leur salaire (qui se réduit comme une peau de chagrin*) ou leur non-salaire pour recevoir, dès le lendemain de la grève, un nouveau lot de mauvaises nouvelles et d´annonces de nouveaux « plans d´austérité ». Les gens sont indignés, oui, mais ne savent plus comment lutter.

Voici quelques proverbes et citations sur la grève :

Quand les éboueurs font grève, les orduriers sont  indignés. Jacques Prévert – Choses et autres.

Il y a deux façons de saboter le droit de grève : le  réglementer comme le fait la droite, l’utiliser à tort et à travers comme le  fait le Parti Communiste. François Mitterant – Ici et maintenant.

 Face à l’ampleur du métier de vivre, on est tenté de  faire la grève. Arthur Dreyfus – Le livre qui rend heureux.

Il manque en Espagne, à mon goût et à ma connaissance, le courage de la désobéissance : on proteste, on s´indigne et on fait grève certes mais dès qu´une nouveau règlement arrive, on l´applique à la lettre de la façon la plus masochiste qui soit. La pression ne marche pas et on finit par tendre soi-même le bâton pour se faire battre. C´est pourquoi, après plusieurs grèves suivies qui ont été en tout point frustrantes, je choisis aujourd´hui une nouvelle formule : la grève par le zèle. J´ai lu que ce type de grève était illicite. Cela me plait alors d´autant plus !

dessin Martin Vidberg sur son blog L´histoire en patates

dessin Martin Vidberg sur son blog L´histoire en patates

*** Expressions en bonus *** 

* se réduire comme une peau de chagrin : diminuer, se réduire progressivement.

* tendre le bâton pour se faire battre : offrir facilement à autrui – par son comportement ou ses paroles – l´occasion ou le prétexte de se faire condamner ou punir.

 

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Vive la rentrée !

Voilà, plus d´excuses, c´est LA RENTRÉE, il faut aussi que ce soit celle de FrancofiLs, pour un nouveau lot d´expressions, de mots, de faux-amis et de vrais. « Mais, la rentrée, au juste, qu´est-ce que c´est ? » Voici la question que m´avait posé un étudiant il y a quelques années en revenant d´un séjour estival dans le sud de la France. « J´ai vu écrit partout « La rentrée, la rentrée », mais qu´est-ce que c´est exactement ? » J´avais souri, tellement le mot m´était familier et tant il m´avait toujours semblé transparent. « Eh bien, la rentrée c´est ce que l´on fait aujourd´hui, c´est le fait de revenir en classe. » Bon c´était un peu sommaire comme explication puisque l´on parle aussi de la rentrée des ministres fin août, la rentrée littéraire des écrivains avec leur nouveau roman…

Mais pour tous les étudiants, petits ou grands, la rentrée, c´est donc ce qui se passe juste après les grandes vacances, le jour J où on prépare son cartable et ses nouveaux stylos et où on va retrouver les copains ou s´en faire de nouveaux. C´est aussi la grande opération commerciale des grandes surfaces et des éditeurs qui font chou gras (= tirer profit d´une situation et gagner beaucoup d´argent) en vendant les livres du programme et tout le matériel scolaire. Le cauchemar des parents après les vacances qui ne savent plus s´il faut un grand cahier à petits carreaux ou un petit cahier à grands carreaux pour leur bambin avide de tous ces gadgets nouveaux, taille-crayons et calculette à l´emblème de leurs petits héros !

La rentrée, c´est aussi la 2ème occasion de l´année pour prendre des résolutions (après le 1r de l´an) : je vais étudier régulièrement, je ne copierai pas sur mon voisin, je vais écouter le/la prof, côté étudiants…Je vais m´organiser, retenir tous les prénoms des étudiants dès le premier jour, corriger les copies à temps, faire plein de projets intéressants, côté profs…

Et pour FrancofiLs : remettre le pied à l´étrier (= recommencer, se remettre en marche) et ne pas se disperser : 1 ou 2 expressions maximum dans un seul post chaque semaine, et de préférence un article court. Ouïe, c´est déjà raté pour aujourd´hui ! Je termine par une dernière photo où je vous laisse apprécier la faute d´orthographe (ne vous inquiétez pas, il y en aura plein d´autres dans l´année et c´est très bien ainsi) : aujourd´hui = au jour « d´aujourd´hui » – d´ici et maintenant » (hui = aujourd´hui = « hoy » en ancien français) est un des mots les plus difficiles et bizarres à écrire. Peut-être est-ce pour cela que nous avons tant de mal à vivre le moment présent…

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Coupez !

Ici en Espagne, le mot « retalladas » (=coupures, dans le sens de « coupures budgétaires ») est devenu si tristement à la mode depuis les dernières années que lorsque j´explique la situation à un francophone, j´ai du mal à utiliser un autre mot. « Retalladas » contient toute la réalité de la situation vécue ici, les mauvaises nouvelles hebdomadaires depuis de si longs mois, le fatalisme de certains face à la crise qui enfonce le pays dans une lente dépression. « Retalladas » est donc devenu ce qu´on appelle dans le jargon sociolinguistique un « mot à charge culturelle partagée » – un mot qui contient beaucoup plus que son sens strict, derrière lequel se déploie un large ventail de représentations dans l´imaginaire collectif : les médecins saturés, les patients qui ne reçoivent plus les soins nécessaires, les profs qui se retrouvent sans poste à la rentrée, les classes surchargées, le chômage à durée indéterminée, les droits des citoyens retirés sans plus d´explication etc etc. « Retalladas » et « austeridad », deux mots qui résonnent dans le quotidien de chacun et qui pourraient donner de l´élan à un mode de vie alternatif basé sur la décroissance mais qui se trouvent rapidement sous une menace plus sournoise : celle d´une dictature économique et politique vêtue de lambeaux de crise.

L´injection « Ne coupez pas ! » est beaucoup plus anodine qu´une imploration à ne pas toucher aux droits des citoyens ou aux services publics : on l´utilise au téléphone, pour dire à l´interlocuteur de ne pas raccrocher et de rester en ligne. Il va sans dire que c´est le genre d´expressions qui disparaît avec la technologie : avec les téléphones portables en effet, non seulement il n´y a pas plus de fil pour imaginer qu´on puisse le couper, et le propre des usagers est justement de ne jamais couper, jamais déconnecter…d´autre part, comme c´est un objet personnel, en général on tombe directement sur la personne que l´on appelle, ce qui n´est pas le cas sur un fixe (d´où l´échange « Monsieur Truc ? Non, c´est sa fille mais ne coupez pas, je vous le passe ! »). Voici donc une expression qui tend à disparaître en France alors qu´en Espagne elle pourrait être de pleine actualité : Ne coupez pas, ne coupez plus !!!

En fait ce ne sont pas les « retalladas » qui m´ont fait penser initialement aux expressions contenant le mot « couper » en français. C´est une raison beaucoup plus terre-à-terre et personnelle : je me suis coupé les cheveux (peut-être un effet inconscient de la suprématie du mot « retalladas » dans le vocabulaire quotidien ?). Se couper les cheveux est en soi un acte banal et insignifiant. Pourtant dans mon cas, c´est une (petite) révolution : la dernière fois que j´avais eu les cheveux aussi courts, j´avais 10 ans. Plus de 20 ans de cheveux longs… et hop ! Coupés ! Pendant que je voyais les longues mèches tomber sur le sol, l´expression « couper les cheveux en quatre » a traversé mon esprit. Comme quoi les expressions imagées nourissent vraiment nos pensées…mais surtout j´essayais de comprendre d´où venait l´expression et j´ai donc feuilleté mes encyclopédies virtuelles pour résoudre ce mystère : l´expression serait apparue au XVIIème siècle sous la forme « fendre les cheveux en quatre », opération aussi compliquée qu´inutile. D´où le sens de l´expression : se donner du mal pour rien, s´arrêter trop aux détails, être « tatillon ».

dessin Zelda Zink pour TV5

dessin Zelda Zink pour TV5

Je vous laisse essayer de vous couper les cheveux en quatre pendant les vacances (peut-être pour trouver de superbes alternatives aux retalladas ?), moi ils sont presque trop courts maintenant…et j´ai bien besoin de faire une coupure !* Bon été et bon repos 😉

* faire une coupure = faire une pause, déconnecter : COUPER !

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